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Roman La Perle de Lune – Chapitre 6

Une nuit de cauchemar.

Dans ce chapitre, vous découvrirez l’identité de la mystérieuse personne qui dirige à distance les hiboux survolant la forêt.

La Perle de Lune roman de Patrick Huet 40QCette étrange personne qui, tout en demeurant cachée, est capable de se projeter dans les hiboux, et voir à travers leurs yeux. Rien de ce qui s’est déroulé dans cette contrée n’a échappé à sa vigilance. Son tour est venu maintenant d’entrer en lice.

Ceci est le sixième chapitre du roman intitulé « Petite Fleur des Champs et la Perle de Lune ». Un roman fantasy qui se déroule au temps des premiers Indiens d’Amérique et que son auteur, Patrick Huet, partage avec ses lecteurs sur ce site.

Note.

Si vous n’avez pas encore lu les chapitres précédents, voici le lien vers le début de ce roman, cliquez sur « La Perle de Lune – chapitre1 » .

Vous y trouverez aussi une présentation détaillée du roman.

Ce texte est soumis au copyright de Patrick Huet.

Plan de cette page.

Plan de cette page.

1- Note d’explication sur le copyright.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

3- Début de la lecture.

4- Où acheter ce livre ? Pour ceux qui le souhaitent.

Ceux intéressés par le livre papier peuvent se procurer ce roman par le lien suivant « roman fantasy » .

5- Autres livres à lire.

1- Note d’explication sur le copyright.

Ce roman a été publié sur ce site par Patrick Huet.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

La lecture de tous les chapitres de ce roman est gratuite. Néanmoins, ils sont soumis au copyright de Patrick Huet et ne peuvent pas être reproduits sans son autorisation.

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Patrick Huet les autorise à reproduire ces textes (par voie numérique ou sur papier) à la seule condition que cela s’effectue auprès de ses élèves dans un cadre scolaire, et de façon gracieuse.

3- Début de la lecture.

Une nuit de cauchemar

Dès sa chute dans la rivière, Petite Fleur Des Champs sut qu’il lui serait impossible de résister au courant.

Le coup de poing de l’Atlante l’avait à moitié assommée. La tête bourdonnante, elle se retrouva dans l’eau sans possibilité de déterminer où étaient le haut et le bas ni dans quelle direction elle devait pousser pour revenir à la surface. Le tourbillon des rapides l’avait fait tourner sur elle-même à une telle vitesse qu’elle en avait perdu la notion de l’espace. Son esprit tournoyait autant que son corps.

Dans une volonté farouche de survivre, elle retenait sa respiration en essayant de résister à la violente étreinte qui la ballottait dans tous les sens. Mais dans ces eaux en furie, elle n’avait guère plus de force qu’un nouveau-né. Au sein de cet élément liquide, elle crispait les mâchoires. Des litres et des litres d’eau menaçaient le rempart de ses lèvres. Qu’elle les entrouvre un bref instant et ce serait la noyade.

Au bout d’un moment interminable, elle se rendit compte de son erreur. Se débattre ne l’enfonçait que davantage dans la rivière. Alors, elle cessa tout mouvement. De lui-même, son corps remonta à la surface dans le bouillonnement des flots argentés.

Il était temps. Sa poitrine en feu était sur le point d’éclater. Étendue sur le dos, elle releva légèrement la tête et aspira avidement l’air frais. Le ciel tournait au-dessus d’elle. Elle ferma les paupières à demi pour repousser le vertige qui la gagnait.

Les rapides les plus furieux étaient déjà loin derrière elle, cependant, la force prodigieuse du courant lui interdisait de nager. Elle se laissa donc emporter, songeant avec un optimisme impressionnant, qu’elle était sauve et que ce seul point méritait d’être pris en compte. À elle de se maintenir à la surface.

L’opération s’avéra difficile tandis que le temps s’égrenait dans une lenteur impitoyable. Elle lutta pour garder son dos plaqué à la rivière. Son acharnement lui sauva la vie. Le courant finit par la pousser contre la rive. L’arête aiguë d’un rocher lui blessa l’épaule, ravivant sa volonté. Ses mains agrippèrent les racines tortueuses d’un sycomore.

Elle se hissa hors de l’eau.

Des crampes tordaient son dos et ses bras en une souffrance incroyable. Elle serra les dents et s’accrocha plus fortement aux racines. Elle s’effondra sur la rive sablonneuse. Son corps éreinté fut incapable de se mouvoir. L’inconscience l’envahit alors même qu’elle songeait à s’éloigner davantage, à avancer encore un peu.

* *

Le soleil amorçait son déclin vers le couchant quand la forme allongée sur la berge émit une faible plainte. Pour ténue que fût cette respiration de sa propre poitrine, elle n’en éveilla pas moins Petite Fleur Des Champs. Aussitôt, des pointes de feu traversèrent ses membres, son torse, ses joues, mille aiguilles qui s’enfonçaient dans chaque partie de son corps.

Elle voulut se secouer. À son grand étonnement, elle n’y réussit pas.

Elle haussa la tête dans une première tentative de redressement mais s’arrêta net. Un poignard d’un métal éclatant venait de se poser sur sa gorge. Une main sèche et noueuse en étreignait le manche.

Une voix rêche, aussi râpeuse qu’une lime, ordonna.

On ne bouge plus ! Pas un geste !

Le visage était semblable à la voix. La peau rugueuse et tendue comme du vieux cuir était sillonnée d’un nombre impensable de rides. Elle évoquait un âge incommensurable. Dans ce masque parcheminé, les yeux seuls conservaient un semblant de vie. Ils flamboyaient d’un éclat verdâtre et sale. Pour finir, les cheveux blancs, longs et crasseux, formaient une broussaille impénétrable.

Les lèvres minces et exsangues remuèrent.

Pas un geste, compris ? Ou Foie Glauque se fâche.

Petite Fleur des Champs prit enfin conscience des liens qui la ficelaient. La vieille femme avait profité de son sommeil pour la ligoter et la réduire à l’état de gibier.

Qui êtes-vous ? articula-t-elle péniblement. Et que me voulez-vous ? Pourquoi ces liens ?

Un rire grinçant lui hérissa l’échine.

Qui je suis ? Je viens juste de te l’annoncer. N’as-tu aucune cervelle, toi qui te nommes Petite Fleur Des Champs ?

Vous connaissez mon nom ?

La surprise de la fillette était si forte qu’elle atténua pour un moment la désagréable caresse de la lame sur sa gorge. Amusée par la mine stupéfaite qui se fixait sur elle, la femme se montra prolixe.

Et pourquoi ne le connaîtrais-je pas ? Ne suis-je pas Foie Glauque, la sorcière à qui appartient la forêt derrière toi et une partie de cette prairie ? J’ai assisté à ton atterrissage forcé la nuit d’avant celle-ci lors de la tempête. Plus exactement, un de mes fidèles serviteurs, un hibou, était présent dans le grand chêne. Grâce à mes pouvoirs magiques, je peux voir à travers ses propres yeux, même à des journées de marche de distance. Par son intermédiaire, je vous ai vu, toi et ton amie Ailes d’Azur, tomber du ciel, puis je vous ai entendu parler entre vous. J’ai été témoin de tout ce qui est survenu par la suite. Mes hiboux sont de précieux collaborateurs : ce qu’ils voient, je le vois également. À ce propos, tu pourrais me remercier ! C’est sur mon ordre qu’une horde de hiboux a assailli la bande de Coeur De Fiel. Une poudre de ma conception, lâchée par un de mes rapaces, a plongé le campement dans les ténèbres et favorisé ton évasion. Si je n’avais pas dirigé leur assaut, tu aurais été dévorée par les chac-hommes.

Pour votre action de cette nuit-là, je vous remercie. Mais,pourquoi me ligoter ? Puisque vous me connaissez, vous savez certainement que je n’attaque pas les humains que je rencontre.

Excellente réflexion. Tu raisonnes bien pour une fille de ton âge. Cependant, tu oublies un détail. Si, toi, tu n’as aucun motif de m’agresser, il n’en va pas de même pour moi.

Avant que sa captive ne s’exclame, elle enchaîna.

J’ai surpris ta conversation, dans le vieux chêne, avec Ailes d’Azur. À cause du vent, je n’ai pu en capter le contenu exact, sauf que vous discutiez de la Perle De Lune.

Elle se pencha plus près. Son haleine empestait et la lame du poignard se faisait insistante. La sorcière siffla entre ses dents.

Je veux cette perle ! C’est la raison pour laquelle j’ai attaqué la troupe de Coeur De Fiel. Je n’entendais pas qu’il vous tue, car j’avais besoin de vous. Soit toi, soit Ailes d’Azur. L’une de vous deux devait me rapporter la Perle De Lune, tel était mon plan. Dès lors que tu es tombée la première entre mes mains, ce sera à toi d’aller me la chercher.

Abasourdie par tant d’absurdité, Petite Fleur Des Champs protesta qu’elle ne savait rien de ce qui avait trait à cette perle. À part son nom, mentionné à plusieurs reprises par Ailes d’Azur et par Coeur De Fiel, elle ignorait de quoi il s’agissait. En premier lieu, la sorcière refusa de la croire, puis elle se laissa convaincre. L’espionnage de la fillette, deux jours de suite, lui avait montré que cette dernière ne mentait pas. Ce fut donc elle qui lui en apprit la nature.

Je ne te raconterai pas l’histoire entière de la Perle De Lune. Ceux qui l’ont entendue la prennent d’ailleurs pour une légende. Moi qui ai étudié les vieux mythes, je peux t’assurer qu’il n’en est rien. En résumé, c’est un don offert par l’astre lunaire aux humains assez instruits pour l’utiliser. Il se présente sous la forme d’une perle et confère à son détenteur des pouvoirs immenses, à condition qu’il dispose du savoir lui permettant d’en faire usage. Bien des hommes ont cherché à s’en emparer, Coeur De Fiel est le dernier en date, après moi. C’est un personnage dangereux, il a réussi à capturer Ailes d’Azur dont le peuple conserve jalousement certains secrets puissants de ce bijou. Il est malin. Moi-même, malgré toutes mes ruses et mes pièges, je n’ai jamais attrapé un de ces êtres volants. Pour être franche, j’ai pensé à lui subtiliser Ailes d’Azur. Il m’aurait été enfantin d’envoyer mes hiboux l’enlever avant ton arrivée à son camp la nuit dernière, mais elle était attachée à la selle de son cheval et par conséquent impossible à soulever. Sans compter les traits de feu des lances-éclair ! Par malheur, il se tient constamment sur ses gardes. J’ai préféré te cueillir, c’était plus prudent !… Pour en revenir à la Perle De Lune, il n’existe qu’un endroit où la trouver, le Pic Du Levant.

Le Pic Du Levant ? Je n’en ai jamais entendu parler.

Évidemment, tu n’es pas de cette région.

Un cri de surprise s’échappa des lèvres de Petite Fleur Des Champs. La sorcière venait de relever son poignard et la jaugeait pesamment. Ce n’était pas ce brusque retrait qui lui arrondissait la bouche, mais la compréhension des dernières paroles de Foie Glauque.

Si vous connaissez l’emplacement de la Perle De Lune, pourquoi me retenir ? Il vous suffit d’y aller vous-même. Pourquoi me demander ce que j’ignore ?

Le regard vert sale se vrilla dans les yeux sombres et innocents qui la dévisageaient.

Il existe une contrainte destinée à empêcher les mauvaises utilisations des pouvoirs de cette perle. Laisse-moi t’expliquer sans m’interrompre ! Sache qu’on ne l’obtient qu’à un moment précis : les jours de Pleine Lune et, très exactement à l’instant le plus dense de la nuit peu avant le lever du jour. La Perle de Lune ne surgit pas du néant, elle n’est pas non plus expédiée par l’astre nocturne. Non ! Elle est constituée d’une multitude de gouttes de rosée réunies ensemble par la volonté de celui, ou de celle, posté là au sommet du pic et en harmonie avec la lune. Seul un être dont le coeur est aussi pur que cette rosée du matin peut accomplir ce prodige. Toute autre personne est condamnée à l’échec.

Les mains noueuses se crispèrent soudain. Les veines bleues saillirent sous la peau comme des serpents.

Durant des années, je me suis installée sur ce pic. Durant des années, j’ai tenté de rassembler les gouttes de rosée pour former cette perle, mais jamais, jamais, elles ne m’ont obéie !

À ces mots, la fange de son âme s’étala sur sa face cauchemardesque. Dans ses yeux glauques brillaient l’avidité, la cupidité et la haine. Elle saisit le poignet de sa captive et la secoua brutalement.

Jamais, je ne pourrai former de moi-même cette perle, je le sais. J’ai depuis trop longtemps oeuvré avec les forces ténébreuses pour conserver un espoir à ce sujet. Je ne puis abuser la rosée du matin sur mes intentions. En revanche, je peux la tromper d’une façon astucieuse. Qu’une fillette au coeur pur construise cette perle et me la rapporte, je pourrais dès lors m’en servir pour assurer ma domination sur cette contrée, avant de soumettre les autres. Mon royaume s’étendra jusqu’à l’horizon et tous me rendront allégeance !

Elle s’était dressée, les cheveux en pagaille, et hurlait dans le vent. Elle retrouva juste assez de bon sens pour s’adresser à sa prisonnière toujours couchée sur l’herbe.

Je t’ai étudiée ces deux derniers jours. J’ai pénétré les arcanes de ton coeur. Il est à l’égal du cristal. Tu auras donc l’honneur d’aller me constituer la Perle De Lune et de me la rapporter. Demain est jour de pleine lune, tu agiras vite. En récompense, je t’accorderai le titre de première servante dans mon futur royaume.

Déconcertée par la démence de la sorcière, Petite Fleur des Champs était demeurée silencieuse. Elle s’ébroua. Bien que sa gorge fût sèche, sa voix était claire et forte lorsqu’elle répliqua.

Il n’en est pas question !

Quoi ?!

Je suis une fille des prairies et une coureuse des bois. J’aime trop la liberté pour accepter l’idée que mes semblables soient réduits en servitude. Jamais, je ne vous aiderai à accroître vos pouvoirs. La Perle De Lune restera où elle est !

Foie Glauque s’étranglait de rage. Elle abreuva sa captive d’injures, ponctuant ses menaces de coups de pieds et de poing. Petite Fleur des Champs s’arc-boutait, tentait de mordre, de ruer. En vain ! Les liens lui interdisaient toute défense, et les coups pleuvaient dru sans qu’elle pût les éviter. Les joues empourprées, elle s’obstina.

Jamais, je ne vous servirai d’instrument pour un but aussi malfaisant. Vous m’entendez ? Jamais ! Plutôt mourir !

Fatiguée de frapper, la sorcière recula. Tapant du talon sur le sol, elle éructa.

Tu préfères la mort, dis-tu ? Nous allons voir.

Elle accomplit un brusque demi-tour et s’accroupit à une volée de pas de là. De son ample robe de toile noire, elle retira divers objets ainsi qu’une fiole. Un feu de bois craqua bientôt sur la rive tandis que le soleil se couchait. Foie Glauque y déversa quelques gouttes de la fiole. Une fumée âcre tourbillonna en volutes noires et répandit son odeur nauséabonde sur des espaces croissant, à des centaines de volées de flèches à la ronde. La gorge rêche de la vieille femme entonna un chant répugnant aux notes discordantes.

Petite Fleur Des Champs en eut un sursaut de dégoût. Elle s’attendait au pire.

Il vint sous la forme d’une multitude de crissements, de raclements et de frôlements. Une armée innombrable s’approchait. Des milliers de pinces acérées surgirent de la pénombre et se dirigèrent vers la fillette. Horrifiée, elle contemplait ces milliers de scorpions avancer vers elle, de tous les côtés à la fois. Elle essaya encore une fois de se relever, mais n’y parvint pas. La sorcière l’avait trop bien ficelée.

Un mot de toi, ma fille, et je renvoie mes scorpions à leur antre. Un seul mot et tu es sauve !

Les joues en flamme, elle s’écria.

Je n’en ai qu’un, Foie Glauque. C’est non !

À demi assise, elle cherchait frénétiquement un moyen d’évasion. Un tapis mouvant de trente pas de large l’enfermait dans un cercle qui se rétrécissait. Les pinces claquaient, les aiguillons vibraient. Des gouttes de venin s’écoulaient par moments des dards recourbés, un venin effroyablement mortel.

Les lèvres serrées, elle apaisa les battements de son coeur. Ensuite, elle se recomposa un visage serein et y chassa la terreur qui s’y était insinuée. Elle mourrait dans la dignité comme une vraie fille savait le faire !

Les premières mandibules étaient sur le point de la toucher quand Foie Glauque leva le bras. L’armée des scorpions arrêta sa marche.

Tu peux encore sauver ta vie. Accepte mes ordres, rapporte-moi la Perle De Lune et dans deux jours tu pourras retourner chez les tiens.

Un unique « non ! » fusa de la captive ligotée. Telle une enfant gâtée, la sorcière piétina la berge. L’écume lui coulait de la commissure des lèvres.

Effrontée ! Tu n’es qu’une vermine. Je saurai venir à bout de ta résistance. Tu resteras ici, toute la nuit, cernée par mes scorpions. Un geste de travers et ils te piqueront comme une vaurienne que tu es !

Sur ce, elle abandonna la petite Inikawas à sa solitude.

La nuit qui suivit fut une des plus horribles de sa jeune existence. Le bruit de ces milliers de scorpions autour d’elle était infernal. Les claquements de pinces montaient dans le ciel étoilé en une promesse de mort. Quelques-uns la humaient du bout de leurs mandibules. Certains s’enhardissaient à grimper sur ses mains ou ses jambes. Elle n’osait plus bouger, même les sourcils, de peur d’occasionner une réaction subite. Tant qu’elle se maintiendrait immobile, ils ne l’agresseraient pas. Sa respiration, réduite au minimum, soulevait à peine sa poitrine. Son coeur seul battait à son propre rythme. Elle le sentait taper contre son thorax et craignait que ce simple mouvement n’éveillât l’ardeur d’un scorpion.

Du haut de ses douze printemps, elle devina qu’une tension continue lui serait fatale. Le corps, raidi à son maximum, subirait tôt ou tard l’effet d’une crampe. Dans cette convulsion, elle écraserait un ou deux scorpions provoquant la ruée des autres et sa fin immédiate. Elle adopta donc la meilleure solution et relâcha ses muscles crispés.

Ce n’était guère facile. Il s’agissait à la fois de garder son corps dans une immobilité absolue et de le détendre, et surtout de rester éveillée. Plus d’une fois, elle se découvrit au bord du sommeil et lutta contre l’engourdissement qui s’emparait de son être. À un moment, elle faillit sauter de peur quand un des noirs insectes s’aventura sur son front avant de redescendre.

Un simple appel de sa part, et Foie Glauque la libérerait de cette folie. La sorcière était là qui attendait son abdication. Cet appel, elle refusa de le pousser. Sa résolution était inébranlable.

Le petit matin la découvrit roide, épuisée mais toujours déterminée. À la même question de la sorcière, elle répondit la voix claire.

Jamais, je ne vous rapporterai la Perle De Lune. Ce serait un vol et une ignominie ! Je ne vous aiderai pas dans vos projets de domination.

Un hurlement strident tenant davantage de la bête que d’une femme jaillit de la gorge de Foie Glauque. Les yeux sales dardèrent des lueurs de meurtre. La main sèche se leva. Les dards des scorpions vibrèrent d’excitation, prêts à l’assaut. Un éclair rusé traversa le regard vert de la sorcière et un mauvais sourire apparut sur ses lèvres exsangues.

D’un geste impatient, elle chassa les scorpions au lieu de les envoyer à l’attaque. Ils s’égaillèrent dans la prairie, faisant fuir devant eux tous les habitants des lieux. Petite Fleur Des Champs ironisa.

Vous avez renvoyé vos serviteurs ? Vous avez renoncé à me tuer ?

Oui !

Elle se pétrifia d’incrédulité. Pourtant, le fait était là. Plus de scorpions ni de venin. L’expression sournoise de la sorcière l’incitait toutefois à la prudence. Foie Glauque avait une idée derrière la tête et tout indiquait qu’elle lui ne serait guère favorable.

Tu es courageuse, reprit la vieille femme, je l’avais déjà constaté lors de mes observations. Je n’obtiendrai rien de toi par la torture, je le savais, c’est pourquoi j’ai voulu briser ton esprit. L’encerclement des scorpions, une nuit entière, aurait rendu fou n’importe quel individu. Pas toi ! Pour mon malheur, je tombe sur une fille au caractère intrépide et d’une ténacité exceptionnelle. C’est un mauvais tour que me joue le sort, alors que j’ai la Perle De Lune à portée de main.

Petite Fleur Des Champs ne cilla pas. Elle se contenta de fixer au-dessus d’elle la face parcheminée aussi figée qu’une momie. La voix doucereuse de la sorcière dissimulait à peine un ressort caché.

Cependant, tu n’es pas parfaite, petite sauvageonne, oh, non ! tu ne l’es pas. Et c’est toi qui me fourniras l’arme pour te vaincre.

La stupeur se lisait sur la fille des plaines qui se contraignit au silence, refusant de suivre la sorcière dans son jeu de devinettes.

Oui, toi ! continua-t-elle. Et cette arme s’appelle l’amitié.

Devant l’absence de réaction de sa captive, Foie Glauque expliqua.

Les douleurs auxquelles je pourrais te soumettre seraient inutiles. Drapée de ta fierté, tu t’obstinerais à ne pas m’obéir. En revanche, si je m’en prends à quelqu’un qui t’es proche, tu réagiras autrement. Tu t’es liée d’amitié avec Ailes d’Azur, suffisamment pour monter à l’assaut du campement de Coeur de Fiel dans le but de la libérer. C’est un beau sentiment, hé ! hé !… Je suppose que tu n’aimerais pas qu’il lui arrive malheur.

Les pupilles dilatées de Petite Fleur Des Champs prouvaient qu’elle avait saisi l’ampleur des paroles de la sorcière. Elle garda néanmoins le silence, ne voulant pas trahir ses pensées dans une répartie malhabile. Foie Glauque, elle, gloussait de joie.

Tu n’as guère le choix, jeune fille. Ou tu me rapportes la Perle De Lune ou je tue Ailes d’Azur.

Rompant son mutisme désormais inutile, Petite Fleur Des Champs s’écria.

Vous ne pouvez rien contre Ailes d’Azur. Elle n’est plus avec Coeur De Fiel. J’ai pénétré par surprise dans son campement et je l’ai délivrée. En cet instant, j’ignore où elle se trouve et je ne vous dirai pas où je l’ai vue la dernière fois.

Foie Glauque hulula un rire à glacer le sang. Son corps décharné secoua ses os en une parodie de gaieté. Elle se calma enfin.

Oublies-tu que le moindre fait insolite qui se déroule dans cette contrée parvient à ma connaissance ? Par dizaines, les hiboux surveillent la forêt et ses abords. Ils sont mes yeux autant que mes oreilles. Je n’ai aucunement besoin de tes renseignements, je connais son emplacement et je sais qu’un homme, surnommé Le Fourbe, l’a arrachée à ta protection avant de te précipiter dans la rivière. Il la croit en sûreté parce qu’il possède deux gorilles et un lance-éclairs pour se défendre. Pauvre fou, qu’il est ! Bientôt, il verra ma puissance. Moi seule, suis digne d’arborer la Perle De Lune.

Sans même reprendre son souffle, elle se dressa haut sur la pointe des pieds et, renversant la tête en arrière, poussa un long hurlement lugubre. La jeune Indienne reconnut l’appel du loup. Un autre suivit avant que l’écho de plusieurs cris semblables ne lui réponde. Foie Glauque scruta la prairie. Tant bien que mal, sa prisonnière l’imita.

Trois formes sombres se profilèrent à la limite de son champ de vision. Trois carnassiers jaillirent du rideau herbeux pour s’avancer à pas feutrés sur la berge. Trois loups énormes, les plus gros qu’un Inikawas eut jamais rencontrés ! Leur robe était grise, leurs yeux jetaient des éclairs fauves tandis que leurs crocs luisants promettaient un déchiquetage féroce.

Voilà tes gardiens, sauvageonne, railla Foie Glauque. Même si tu venais à bout de tes liens, tu n’aurais pas le temps de profiter de ta liberté.

Elle les plaça, un de chaque côté de la jeune Inikawas toujours étendue et le troisième, devant ses pieds.

Avec de tels geôliers, je ne cours pas le risque de te voir filer entre mes doigts pendant que je procède à ma petite opération. Réjouis-toi donc ! Bientôt, tu auras le plaisir d’avoir Ailes d’Azur auprès de toi, ha ! ha ! ha!…

Se pliant en deux dans un rire outrageant, elle s’éloigna et fut rapidement hors de vue. Petite Fleur Des Champs n’entendit plus que des bruits de chaudron, de liquides que l’on verse et des marmonnements incompréhensibles. Son ouïe capta le craquement d’un feu de bois, le bouillonnement d’un fluide épais et le « splash » énigmatique d’un vêtement qu’on y plongeait. À quoi jouait Foie Glauque, pourquoi faisait-elle bouillir cet habit ?

La sorcière mijotait un tour à sa façon, un tour dont Ailes d’Azur et elle-même en seraient victimes. Il importait de s’évader, et vite.

Des pierres plates brillaient sur sa gauche. Juste un petit roulement sur côté et ses doigts les atteindraient. Scier les cordes ne lui prendrait que peu de temps. Le loup à sa gauche bondit sur ses pattes dès son premier mouvement. Babines retroussées, il s’apprêtait à se jeter sur elle. Les deux autres avancèrent leur mufle en grondant sourdement. Elle suspendit son geste. Dépitée, elle reprit sa position étendue.

Les loups se couchèrent. Ils ne grondaient plus, mais la couvaient d’un air sauvage. La sorcière savait se procurer des alliés efficaces ! Ils ne concéderaient pas une ombre de déplacement à leur prisonnière.

Immobile, elle réfléchit au meilleur moyen de s’en débarrasser. Des plans d’une folle témérité et totalement irréalisables lui traversèrent l’esprit. La fatigue de toute une nuit de veille déborda sa vigilance. Le sommeil voila sa conscience au moment où elle s’y attendait le moins et la transporta dans un monde où le temps et l’espace n’existaient plus.

À vingt pas en arrière de sa tête, une tunique de lin mijotait dans un vieux chaudron. Une mixture fluorescente bouillonnait autour du vêtement. Foie Glauque ne s’en préoccupait pas. Son attention se portait à une distance incalculable de là, en bordure de la grande forêt. Son regard se dédoubla et prit possession de celui d’un hibou. Des dizaines de ses congénères se posèrent près de lui.

Un rictus de joie déforma le masque osseux du visage de la sorcière.

* *

Au-delà de la ligne des arbres, Le Fourbe attelait ses chevaux à sa roulotte. Il avait passé la nuit dans le secteur et se disposait à lever le camp. La toile à demi relevée de la voiture laissait voir une forme bleue allongée sur le plancher. Des liens l’immobilisaient. Les deux gorilles flânaient çà et là sans but précis.

Les soeurs de la chance lui étaient favorables !

Les lèvres de la sorcière remuèrent en silence. Les hiboux reçurent l’ordre muet et se ruèrent sur le campement. Une dizaine d’entre eux s’abattirent sur Le Fourbe. Il se démena en un tourbillon hystérique pour repousser les serres agressives et les coups de bec. Avant qu’il n’ait pu appréhender le déroulement des événements, une trentaine de volatiles avait agrippé les liens de la captive et l’emportait en des battements d’ailes ahurissants.

Aveuglés par cette avalanche de plumes qui lui sautaient à la vue, Le Fourbe appela ses gorilles à la rescousse. Leur résultat fut des plus médiocres. Les hiboux s’éparpillèrent subitement et ils n’en attrapèrent aucun.

Il repéra alors la fille bleue halée à toute vitesse par ces grands oiseaux nocturnes. Un rugissement s’échappa de ses lèvres. Il bondit sur son arme accrochée à la selle d’un cheval. Le temps de s’en saisir et de viser, les hiboux et sa prisonnière étaient hors de portée de ses éclairs de feu.

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