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Roman La Perle de Lune – chapitre 5

La fourberie du mutant.

Dans ce chapitre, la jeune Indienne découvre la véritable de son sauveur. Alors qu’elle allait succomber sous la charge des hommes-chacals, il est intervenu, laser au poing et secondé par ses terribles assistants. Il se targuait de nobles buts, mais elle finit par se rendre compte que son aide n’est qu’un leurre et qu’il vise un objectif beaucoup plus tortueux.

La Perle de Lune roman de Patrick Huet 40QCe chapitre est le cinquième du roman intitulé « Petite Fleur des Champs et la Perle de Lune ». Un roman fantasy qui se déroule au temps des premiers Indiens d’Amérique et que son auteur, Patrick Huet, partage avec ses lecteurs sur ce site.

Note.

Si vous n’avez pas encore lu les chapitres précédents, voici le lien vers le début de ce roman, cliquez sur « La Perle de Lune – chapitre1 » .

Vous y trouverez aussi une présentation détaillée du roman.

Ce texte est soumis au copyright de Patrick Huet.

Plan de cette page.

1- Note d’explication sur le copyright.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

3- Début de la lecture.

4- Où acheter ce livre ? Pour ceux qui le souhaitent.

Ceux intéressés par le livre papier, peuvent se procurer ce roman par le lien suivant : « roman fantasy » .

5- Autres livres à lire.

1- Note d’explication sur le copyright.

Ce roman a été publié sur ce site par Patrick Huet.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

La lecture de tous les chapitres de ce roman est gratuite. Néanmoins, ils sont soumis au copyright de Patrick Huet et ne peuvent pas être reproduits sans son autorisation.

Si vous souhaitez partager la lecture de ce roman avec d’autres personnes, communiquez-leur simplement le lien vers les pages concernées pour leur permettre de s’y connecter selon leur gré.

Exception pour les enseignants.

Patrick Huet les autorise à reproduire ces textes (par voie numérique ou sur papier) à la seule condition que cela s’effectue auprès de ses élèves dans un cadre scolaire, et de façon gracieuse.

3- Début de la lecture.

La fourberie du Mutant

Une secousse brutale tira brusquement Petite Fleur Des Champs de son sommeil.

D’abord, elle ne comprit pas ce qu’elle faisait là, dans ce caisson, ballottée de droite à gauche. La lucarne arrière, fermée d’une matière transparente qui lui était inconnue, lui révéla soudain la prairie aux herbes sèches dans laquelle courait un énorme animal couvert d’un poil fauve et ressemblant presque à un homme. Elle se souvint subitement et voulut se lever.

Un nouveau cahot l’envoya rouler au fond de la carriole.

Un pan de toile grise, qui fermait la voiture à l’avant, se releva. Une tête écailleuse apparut dans l’ouverture. Mutant n’avait pas changé, son aspect évoquait toujours l’image d’un poisson pas très frais. Il s’enquit de son état. Elle se sentait reposée et prête à délivrer son amie.

Le terrain cabossé n’a pas troublé ton sommeil, à ce que je vois. Tu es en pleine forme et parée à l’action, ha ! ha ! ha ! c’est très bien ça !

De nouveau, le rire sardonique de l’homme lui agressa les oreilles. Comment pouvait-on émettre de tels sons ? se demandait-elle intérieurement. Les yeux torves l’épièrent de biais tout en surveillant les chevaux. Elle n’aima ni ce regard, ni le ricanement qui l’avait précédé.

Pour quelques raisons totalement incompréhensibles, elle pressentait dans l’attitude de Mutant une mise en scène voilant des sentiments plus tortueux. Et pourtant, il l’avait secourue ! Ce n’était en définitive qu’un honnête voyageur qu’elle soupçonnait à tort, sur la foi d’une simple intuition. Il fallait que la précipitation des événements de ces derniers temps l’aient particulièrement harassée pour fausser à ce point son jugement.

Le soleil avait parcouru la moitié de son chemin quotidien ; l’estomac de Petite Fleur Des Champs grondait dans son ventre. Elle avait dormi d’une traite sans même songer à s’alimenter. À présent qu’elle était parfaitement réveillée, il lui tardait de grignoter une quelconque nourriture.

Un grognement sourd dissipa ces réflexions. Un gorille fauve venait de surgir devant les chevaux. Mutant arrêta la carriole. Elle tendit l’oreille aux grondements et feulements que l’animal éructait de façon désordonnée. Elle eut beau prêter attention, elle n’entendit qu’une suite de sons incohérents. Il en allait différemment pour Mutant. Il l’écoutait d’un air pénétré.

Il se tourna à demi vers la roulotte, la mine réjouie.

Je viens de recevoir de bonnes nouvelles. Coeur De Fiel n’est pas loin d’ici à environ deux cents volées de flèches. Il a attendu le retour de tous ses chac-hommes avant de reprendre la route. Le rescapé de tes assaillants a retrouvé son maître juste après l’arrivée de mon gorille sur le lieu de son campement de la nuit dernière. Un excellent éclaireur ce gorille ! Il a tout observé du haut de son arbre, puis il a suivi la troupe en se dissimulant dans les feuillages. La fureur de Coeur De Fiel quand il a appris la perte de deux de ses serviteurs et la réussite de ton évasion est un plaisir dont on ne se lasse pas. C’est un bon tour que nous avons joué à ce vieux débris. Et nous allons lui en jouer un second encore plus piquant en lui ravissant la fille bleue, ha, ha, ha!… Il en deviendra plus noir qu’un ciel d’orage.

La joie de Mutant lui échappait totalement. Un détail cependant la tiqua.

Comment sais-tu qu’Ailes d’Azur est de couleur bleue ?

Elle ne lui avait jamais mentionné cette particularité. En l’occurrence, il aurait dû l’ignorer.

Un instant déconcerté, Mutant se reprit très vite.

Comment je le sais ? Eh bien… parce que mon gorille me l’a indiqué. (Il tapota la tête de l’animal.) Un fidèle serviteur ! Il a été élevé, ainsi que sa compagne d’ailleurs, selon les méthodes les plus sophistiquées de mon pays. Nous leur avons inculqué l’obéissance à leur maître et un rudiment de langage. Et deux ou trois autres choses qui te sont étrangères pour en faire des gardiens infaillibles. Bon, assez perdu de temps en discussions, mettons-nous en route immédiatement !

Son plan était simple. Il le lui résuma en attachant les chevaux à un arbre proche.

Selon le gorille, Coeur De Fiel avait ordonné une halte au-delà d’une rivière et avait envoyé trois chac-hommes à la chasse. Profitant de cette pause, l’animal était revenu vers Mutant. L’homme à la roulotte souligna qu’une troupe aussi nombreuse nécessitait une importante quantité de vivres et les indices montraient qu’elle en manquait. Son arrêt du mitan s’allongerait donc jusqu’au début de l’après-midi. Coeur De Fiel ne s’attendait certainement pas à être attaqué en plein midi, c’était donc le moment idéal pour un assaut. Les gorilles iraient en tête, ils le surprendraient durant sa sieste. Les chac-hommes que les grands singes n’auraient pas assommés, lui, Mutant, les désintègrerait de ses éclairs de feu.

Tenue à l’écart de toute action véritable, la courageuse Inikawas était déçue. Son rôle à elle se limiterait à celui de spectatrice.

Elle balaya ces pensées. L’essentiel était la libération D’Ailes d’Azur ! Certes, elle aurait préféré une intervention plus souple, moins violente, mais Mutant ne lui laissa pas le temps de réfléchir à un autre plan. Il se lançait déjà vers son but, fauchant les herbes sur son passage.

« Nous irons à pied, avait-il déclaré, ainsi passerons-nous inaperçus. Les chac-hommes sont entraînés à déceler le fer des chevaux de très loin. »

Quand Petite Fleur Des Champs, éberluée, appréhenda l’anomalie de cette remarque, ils étaient loin de la roulotte et approchaient d’une rivière.

Comment sais-tu que les hommes-chacals sont entraînés à déceler le pas des chevaux ?

D’un mouvement de la main, il évinça ces propos.

Plus tard, les questions, plus tard ! Nous avons mieux à faire pour le moment !

Je voudrais quand même savoir…

Je répondrai à tes questions sur le chemin du retour.

Une lueur railleuse traversa ses rétines, sa voix se fit mielleuse.

Lorsque nous serons en sécurité, tu auras toutes les réponses que tu voudras, et davantage, hé ! hé ! hé ! Je te réserve une jolie surprise que tu apprécieras sûrement.

Le ton doucereux de l’homme la mit en rage. Elle discernait dans ces paroles l’esquisse d’une menace latente. Elle cherchait une réplique appropriée quand il s’exclama.

Assez de palabres ! Ce n’est pas cela qui libérera ton amie. Qui sait si Coeur De Fiel n’est pas en train de lui infliger des sévices en cet instant même ?

L’évocation d’une telle infamie vainquit sa colère. Peu importait le caractère et les insinuations désagréables de Mutant, l’important était de délivrer Ailes d’Azur ! Ensuite, chacun reprendrait son chemin.

Voilà le gué ! cria Mutant, quelques enjambées plus loin.

Un gorille était dans la rivière. L’eau lui arrivait à la cuisse. Malgré la faible profondeur, les flots le secouaient rudement. À dix pas de là, des rapides transformaient la rivière en un torrent tumultueux.

Mutant grimpa sur le dos de son gorille et commença à traverser le gué. Petite Fleur Des Champs l’imita. Sur les épaules du second gorille, elle voyait les flots bondir autour d’elle et se fracasser sur les rochers de la berge.

Sans le gorille, elle n’aurait jamais pu résister à la force du courant

Une fois sur la terre ferme, ils coururent à petits trots. En tête, le gorille envoyé en éclaireur avançait le dos courbé, les mains effleurant le sol, à l’égal de sa compagne qui fermait la marche. La crête des herbes les dépassait, dissimulant leur progression.

Soudain, le gorille de tête s’arrêta. Il grogna à son maître des sons gutturaux que la fille des plaines interpréta comme étant la proximité du campement de Coeur De Fiel. Un mot de Mutant le lui confirma.

Dès lors, ils cheminèrent avec les plus grandes précautions. Petite Fleur Des Champs, attentive aux moindres détails du terrain, souffla un avertissement. Une faute impardonnable allait être commise. Ils marchaient dans le sens du vent.

Si nous continuons ainsi, les chac-hommes flaireront bientôt notre odeur. Il nous faut les approcher différemment.

Mutant acquiesça. Ils changèrent d’orientation jusqu’à se trouver dans le sens inverse du vent. Les effluves appétissants d’un rôti leur parvinrent. Au-delà des tiges mouvantes des herbes, elle discerna à l’ombre d’un bosquet un groupe de chevaux paissant librement, de-ci, de-là. Un seul était attaché par sa longe. Une fille à la peau bleue et aux ailes couleur de ciel y était retenue à la selle par de nombreux liens. La corde qui lui liait la taille, les poignets et les jambes ne lui permettait pas de bouger et encore moins de glisser. C’était heureux, car elle donnait l’impression d’être sur le point de s’écrouler.

Ailes d’Azur ! murmura-t-elle.

À ses côtés, Mutant eut un jugement approbateur.

Un beau spécimen, ma foi ! Coeur De Fiel sait choisir ses captures, on ne peut lui dénier cette qualité.

L’admiration de Mutant envers celui qui avait failli la torturer et la tuer la nuit précédente hérissa la petite Inikawas. Elle regretta d’avoir cet homme à la face écailleuse comme allié. Lui, ses expressions sournoises et ses réflexions détestables. Pour comble de l’irritation, il se mit à lui donner des ordres secs, sévères, imprégnés de la plus hautaine des attitudes.

Elle se sentait confinée au rôle d’une servante et n’aima pas cela du tout. Si ce n’était Ailes d’Azur, là-bas, à demi agonisante, elle lui aurait montré qu’une libre fille des prairies n’acceptait jamais ce ton. Ravalant sa colère, elle regarda ses alliés disparaître avant de se concentrer sur le bosquet.

L’assaut aurait lieu sous trois angles. Les gorilles attaqueraient sur les flancs droit et gauche, pendant que Mutant userait à distance de ses éclairs de feu. Lorsque les chac-hommes et leur maître seraient hors de combat ou anéantis, il n’aurait plus qu’à investir l’endroit et libérer Ailes d’Azur. Petite Fleur Des Champs resterait en retrait. Son intervention se résumerait aux soins de la fille des Vents quand tout serait terminé.

Deux hurlements sauvages déchirèrent l’atmosphère sereine de ce début d’après-midi. La jeune Indienne pesta contre son allié du moment. En dépit du bon sens, les gorilles fonçaient vers le camp dans un déferlement de cris et rugissements. En provenance des hautes herbes, une voix rocailleuse les encourageait. L’effet de surprise, indispensable pour ce genre d’affrontement, tombait comme une pierre dans une mare d’eau paisible.

Quel imbécile ! Mais, quel imbécile ! Ce Mutant est un idiot de la pire espèce. Donner des ordres avec cette allure hautaine de grand chef pour en arriver à cette pitrerie !

Les deux gorilles pénétraient maintenant dans le camp. Ils se heurtèrent à une vive résistance. Les chac-hommes, puissamment bâtis, s’étaient réunis dès les premiers cris pour repousser les assaillants. Et ils savaient se battre ! À un contre cinq, les gorilles avaient un mal fou à se défaire des semi-humains qui s’agrippaient à leurs jambes, leurs bras, et frappaient du poing ou du gourdin.

La bataille se transforma en une confusion de corps férocement emmêlés.

Un éclair rouge volatilisa un chac-homme. Un autre frôla l’oreille d’un gorille qui en hurla de frayeur. Ce deuxième éclair provenait de l’intérieur du camp. À l’abri derrière un tronc, Coeur De Fiel entrait en jeu. À ce stade, les forces en présence s’équilibraient. Chacun des deux maîtres tâchait d’éliminer les serviteurs de son rival en évitant de s’engager physiquement dans la bataille.

Quelle couardise ! s’exclama intérieurement Petite Fleur Des Champs à l’égard des deux hommes.

Mais elle avait mieux à faire que de s’insurger. Elle se coula dans les grandes herbes. En peu de temps, elle était à la lisière du camp et se dirigea vers Ailes d’Azur.

Dans le chaos des hurlements, des imprécations et des coups frappés, nul ne remarqua son corps svelte et souple s’approcher du cheval retenu par la longe au bosquet. C’était d’ailleurs le seul à proximité. Dès le début de l’attaque, les autres s’étaient enfuis, épouvantés par les cris et l’odeur des gorilles. Des éclairs rouges zébraient le campement sans résultat notable. Les deux maîtres craignant de toucher leurs propres serviteurs, tiraient manifestement au-dessus ou à côté des combattants, autant pour effrayer l’adversaire que pour avoir le sentiment d’oeuvrer utilement.

En un tournemain, Petite Fleur Des Champs détacha le cheval et sauta sur la selle derrière Ailes d’Azur. Un simple regard échangé lui apprit qu’elle la reconnaissait, mais qu’elle était trop épuisée pour parler. Cela suffit à la jeune Inikawas qui s’empara de la bride de sa monture et la lança au galop.

Des cris de rage retentirent à son oreille. Des éclairs rouges fusèrent, la manquant de l’épaisseur d’une plume.

Elle poussa Ailes d’Azur de manière à l’allonger sur le cou du cheval puis se coucha de même. La fille bleue, usée par les épreuves, devait souffrir sous ce poids. Elle ne broncha pourtant pas. Couchées sur leur monture, elles devenaient invisibles, alors que toutes droites, leur tête dépassait les herbes.

Des imprécations violentes leur parvinrent comme la prairie les engloutissait.

Elle orienta son cheval vers la rivière. Elle n’envisageait aucune destination spécifique, simplement, cet endroit, elle le connaissait déjà. Elle pourrait mieux y semer ses poursuivants. Pas le temps de détacher Ailes d’Azur, il fallait d’abord s’éloigner.

Les flots tumultueux annoncèrent leur présence par un grondement continu. Elle déboucha face aux rapides.

Non, pas par là ! Le gué se trouve ici !

La voix rocailleuse résonna lugubrement par-dessus le brouhaha du courant. Éberluée, elle aperçut Mutant qui sortait de la prairie sur le dos d’un cheval inconnu. D’un mouvement sec de la main, il lui fit signe de se dépêcher.

Pressons-nous de traverser ! Coeur De Fiel ne tardera pas à retrouver ses chevaux et à nous poursuivre.

Mais, comment se fait-il que tu sois là ? Je te croyais encore au campement.

Je suis plein de ressources. Lorsque les montures se sont enfuies, j’en ai happé une au passage. Je me suis douté que le plan serait plus ardu que prévu quand les chac-hommes se sont interposés si brusquement. Plutôt que de m’éterniser, j’ai profité de cette possibilité de retrait.

La fille des plaines laissa éclater sa colère.

C’est de ta faute s’ils ont réagi si vite ! Pourquoi avoir poussé tous ces hurlements et pourquoi n’avoir pas ordonné le silence aux gorilles ? Le camp adverse a été prévenu de notre attaque avant que les gorilles ne soient dans la place. Nous avons frôlé la catastrophe. C’est une action digne d’un idiot attardé !

Une rage subite déforma les traits disgracieux de l’homme. Un instant, elle crut qu’il allait la frapper.

Petite peste ! On ne s’adresse pas de cette façon à…

Il se ravisa soudain. Le vent apportait des bribes de jappements et les sons d’une troupe.

Il suffit ! Coeur de Fiel sera bientôt ici. Sauvons-nous d’abord, nous aurons tout le temps de nous disputer par la suite.

Le cheval de Petite Fleur Des Champs avança de deux pas dans le gué puis renâcla et refusa de continuer. Le tumulte de la rivière lui inspirait une crainte primitive.

Attends, je passe le premier ! J’ai plus l’habitude des chevaux. Il me reste auparavant une dernière chose à régler.

Il leva sa tige de métal. Des traits de feu sillonnèrent la prairie dans un large demi-cercle. Des flammes jaunes attaquèrent vivement les herbes sèches.

Tu es fou ! Tu es en train d’incendier la prairie.

Les yeux torves dardèrent leurs prunelles jaunâtres sur sa protégée. Une lueur de meurtre y brillait.

Ne répète jamais plus que je suis fou, entends-tu ? Jamais plus ! L’incendie désorganisera la troupe de Coeur De Fiel. Tant qu’il sera occupé à sauver sa vie des flammes, nous n’aurons pas à nous soucier de lui.

Et les deux gorilles ? Ils sont là-bas, au milieu de la prairie. Ils vont griller vifs.

Ils ne risquent rien. Dès qu’ils sentiront l’odeur du feu, leur instinct les poussera vers la forêt puis vers la rivière par un large détour. De plus, je leur ai greffé dans la toison un appareil spécial qui me permet de les localiser en quelque lieu qu’ils se trouvent et de les diriger à l’endroit que je souhaite. Inutile de t’expliquer ce que c’est, tu n’y comprendrais rien !

Une muraille de flammes s’élevait tout le long de la berge, à une volée de flèches de la rivière. Un souffle brûlant rougissait les joues pâles de Petite Fleur Des Champs. Délaissant son oeuvre destructrice, Mutant lança son cheval dans l’eau. Celui de la petite Inikawas suivit docilement. Au milieu du gué, le courant malmena les montures.

Le courant s’intensifie à partir de ce point, cria Mutant dans le rugissement du torrent. Il vaut mieux que je prenne Ailes d’Azur. Je crains qu’en raison de ton inexpérience, tu ne fasses un faux pas et qu’elle glisse de cheval. Elle est trop faible pour voler. Elle tomberait dans la rivière et se noierait.

Elle est attachée solidement à la selle. Il n’y a aucun risque de la voir tomber. Je lui couperai les cordes dès que nous serons sur l’autre rive.

Elle sera plus en sécurité avec moi, je la prends !

Le ton autoritaire de Mutant n’admettait aucune réplique. Loin d’acquiescer, son alliée d’un jour refusa catégoriquement.

Non !

Elle avait déjà constaté ses piètres qualités de stratège. Vantard et donneur d’ordres plutôt que véritablement efficace, il était fort capable de causer du tort à Ailes d’Azur par inadvertance. Elle ne lui accordait plus aucune confiance.

D’un mouvement rapide qui la surprit, il brandit son arme lance-éclairs et pointa sur elle la tige de métal.

Tu n’as pas vraiment compris la situation. Ici, c’est moi qui commande. Je veux cette fille et ne supporterai pas qu’une sauvageonne arriérée contrecarre les plans que j’ai si longtemps mûris.

Il tenait le bras d’Ailes d’Azur fermement serré dans sa main gauche. Interloquée, Petite Fleur Des Champs fut incapable de la moindre réplique. L’arme de Mutant la maintenait toujours en respect. Soudain loquace, il se mit à fanfaronner.

Je t’ai bernée en toute beauté sauvageonne ! Je me suis présenté sous le nom de Mutant, mon nom de baptême. Mais depuis longtemps chez les miens, dans la belle ville d’Atlantis, on me nomme Le Fourbe. Non sans raison ! Nombreux sont ceux qui ont eu à pâtir de ma ruse, et ce vautour de Coeur De Fiel le premier. C’est l’un de mes vieux ennemis. J’ai dupé ce bandit à plusieurs reprises dans le passé, il s’est vengé en me dépouillant de mes biens et me faisant jeter dans un cachot. Je me suis évadé. Par la suite, j’ai su qu’il montait une expédition sur ce continent sauvage. Il n’est pas homme à se déplacer pour le plaisir. Comme moi, il est avide de richesses et s’il venait ici, c’était qu’il avait découvert quelque chose. Alors, je l’ai suivi. Dans ce pays, j’ai imité chacun de ses pas, mes gorilles le guettant de loin. Ainsi, ai-je appris la capture de cette fille bleue aux ailes si délicates. J’ai décidé de la voler à mon vieux rival. Ailes d’Azur fera sensation à Atlantis. Je connais de riches collectionneurs prêts à payer une fortune pour la posséder. C’est la richesse pour moi jusqu’à la fin de mes jours.

Ce n’est pas possible, tu ne peux pas faire cela !

Un mauvais sourire étira la face écailleuse de Fourbe. Il posa son regard chassieux sur Ailes d’Azur dont le visage couleur de ciel reflétait un désespoir immense. La pauvre fille, exténuée, dodelinait de la tête et maintenait péniblement son front levé. Par contraste, sa compagne de vol semblait aussi vive qu’un ruisseau. Ses joues couleur d’opale rosissaient sous l’émotion — colère mêlée de stupéfaction — tandis que ses yeux ne baissaient pas devant la froide menace du lance-éclairs.

Le sourire du Fourbe s’étala davantage.

Oh, si, c’est possible ! C’est mon intention depuis que j’ai découvert la prise de mon rival. Il n’a pas toujours été facile de le pister, surtout après la tempête. C’est d’ailleurs juste après cet orage que mon gorille envoyé en éclaireur t’a repérée. Il t’a suivie dans la forêt et a même assisté à ta minable tentative de délivrance d’Ailes d’Azur et à ta fuite. Dans les branches des arbres, il se déplace dix fois plus vite qu’un humain à terre. Il est retourné jusqu’à moi et m’a relaté l’affaire. Après réflexion, j’ai décidé de me porter à ta rencontre. Je t’observais depuis un moment quand les chac-hommes ont surgi et se sont précipités sur toi.

Pourquoi m’avoir secourue ? C’est Ailes d’Azur qui t’intéressait, pas moi ! Je ne t’étais d’aucune utilité.

Exact ! À un détail près. Figure-toi qu’en intervenant, je pensais réaliser d’une pierre deux coups. D’une part, je me débarrassais de quelques-uns de ces gardes – j’avais projeté de les détruire en catimini l’un après l’autre dans la forêt pour affaiblir l’escorte de Coeur De Fiel avant d’envoyer mes gorilles enlever Ailes d’Azur. La deuxième raison de mon intervention était de m’assurer de ta confiance. En te sauvant des chac-hommes à la dernière extrémité, j’étais certain d’obtenir en retour une gratitude sans limites et, cela va de soi, une docilité irréprochable. Une fillette, seule dans un pays sauvage, ne pouvait qu’éprouver un attachement aveugle envers celui qui venait de lui sauver la vie. Je comptais faire de toi une esclave obéissante. Tu aurais eu l’honneur immense de me servir, de préparer mes repas, de nettoyer ma roulotte et de me laver les pieds. Mes espoirs ont été déçus. À présent que je connais ton caractère rétif, je n’ai aucune envie de t’avoir près de moi. J’aurais beau t’attacher en permanence, farouche comme tu l’es, tu trouverais un moyen de déjouer ma surveillance et de délivrer Ailes d’Azur. Je ne suis même pas sûr que tu accepterais de travailler malgré le fouet. Non, décidément, tu ne vaux rien comme servante ! Pas question non plus de te laisser en arrière. Tu essaierais de libérer la fille et peut-être y réussirais-tu. Je ne peux prendre ce risque.

Le visage fermé, Petite Fleur Des Champs connaissait par avance les paroles qu’il allait prononcer. La sentence qui tomba des lèvres si minces qu’elles paraissaient inexistantes ne la troubla pas.

Nos chemins s’arrêtent ici, sauvageonne. Le temps est venu pour toi de rejoindre tes ancêtres au royaume des morts.

La main droite de la petite Inikawas jaillit telle une flèche. Elle frappa de biais la tige de métal. Un trait de feu siffla à ses oreilles, le tir l’avait manquée de peu. Sa main gauche se referma sur le manche de son tomahawk, pas assez vite, toutefois, pour le dégager. Un coup violent la heurta de plein fouet au menton. Le coup de poing de son adversaire l’éjecta hors de la selle.

Sous le regard horrifié d’Ailes d’Azur, elle tomba dans la rivière. Aussitôt, les eaux furieuses l’enfermèrent dans une gangue hystérique tandis que les rapides l’emportaient dans un tourbillon démentiel.

Le rire obscène du Fourbe éclata comme une injure à la clarté du monde.

Ailes d’Azur essaya de pousser son cheval, mais l’homme la tenait trop bien. Elle se débattit et voulut le mordre au bras. D’un revers de la main, il la gifla puis s’empara des rênes de sa monture et la tira derrière lui jusqu’à la berge.

Retirés sous le couvert d’un arbre, des yeux phosphorescents avaient suivi la scène. Très loin de cet endroit, d’autres yeux de couleur vert sale frémirent d’excitation. Ils se fermèrent impulsivement sur une prairie en flamme, sur une fille bleue prisonnière et sur une Indienne en train de se noyer dans un torrent mugissant.

Un corps maigre et sec se dressa précipitamment et courut à vive allure dans un but connu de lui seul.

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