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Roman La Perle de Lune – Chapitre 4

Chapitre 4 : Seule contre les hommes-chacals.

Dans ce chapitre, vous découvrirez l’incroyable force des Hommes-chacals que Petite Fleur des Champs affronte sans l’ombre d’une crainte.

La Perle de Lune roman de Patrick Huet 40QMais avant qu’elle ne vacille sous leur nombre, elle aperçoit des traits de feu rouge zébrer le couvert ténébreux de la forêt.

Ce chapitre est le quatrième du roman intitulé « Petite Fleur des Champs et la Perle de Lune ». Un roman fantasy qui se déroule au temps des premiers Indiens d’Amérique et que Patrick Huet partage avec ses lecteurs, chapitre par chapitre, sur ce site.

Note.

Si vous n’avez pas encore lu les chapitres précédents, voici le lien vers le début de ce roman, cliquez sur « La Perle de Lune – chapitre1 » .

Vous y trouverez aussi une présentation détaillée.

Quelques informations complémentaires :

Titre de ce chapitre : Seule contre les hommes-chacals.

Genre : roman fantasy où se mêlent aventure et féerie.

Auteur : Patrick Huet.

Texte à lire gratuitement, mais soumis au copyright de Patrick Huet.

Plan de cette page.

1- Note d’explication.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

3- Début de la lecture.

4- Achat du livre papier.

Pour ceux intéressés, voici le lien : « roman fantasy » .

5- Autres livres à lire.

1- Note d’explication.

Ce roman a été publié sur ce site par Patrick Huet.

2- A lire gratuitement, pas à reproduire.

La lecture de tous les chapitres de ce roman est gratuite. Néanmoins, ils sont soumis au copyright de Patrick Huet et ne peuvent pas être reproduits sans son autorisation.

Si vous souhaitez partager la lecture de ce roman avec d’autres personnes, communiquez-leur simplement le lien vers les pages concernées pour leur permettre de s’y connecter selon leur gré.

Exception pour les enseignants.

Patrick Huet les autorise à reproduire ces textes (par voie numérique ou sur papier) à la seule condition que cela s’effectue auprès de ses élèves dans un cadre scolaire, et de façon gracieuse.

3- Début de la lecture. Ici, commence le chapitre 4.

(Texte sous copyright. Ne peut être reproduit qu’avec l’autorisation de l’auteur.)

Seule contre les Hommes-Chacals.

Debout au milieu de son campement, Coeur De Fiel discourait gaiement. Il décrivait minutieusement à la jeune Indienne les tortures qu’il s’apprêtait à lui faire subir. Pour finir, lâcha-t-il, il la jetterait en pâture à ses serviteurs.

Les semi-humains gloussèrent de joie. Ils se délectaient des paroles de leur maître en attendant de se repaître de la fillette. L’écume leur coulait déjà aux commissures des babines tandis que leurs mâchoires claquaient d’avidité.

Voici ta fin ! déclara enfin Coeur de Fiel en se saisissant du fer rouge dans le foyer. Tu as vécu, sauvageonne, il est temps pour toi de rejoindre tes ancêtres.

Des hululements stridents éclatèrent soudain. Une pluie noire se répandit sur le feu, noyant aussitôt les flammes, éteignant toutes lumières. Un bruissement formidable, semblable à un bourdonnement monstrueux emplit la nuit, réveillant une peur sourde dans les entrailles des Chac-hommes. Leur nature animale craignait les ténèbres. Apeurés, ils couchaient leurs longues oreilles de chacals contre leur crâne et se recroquevillaient épaule contre épaule.

Dans le même temps, des serres affûtées leur tombèrent dessus de tous côtés. Étourdis de confusion, ils essayaient de repousser leurs agresseurs invisibles, mais les crocs ne mordaient que le vide. Coeur De Fiel, submergé lui aussi par des formes sombres et mouvantes, frappait du poing au hasard en se protégeant la tête d’un bras recourbé.

Un rayon de lune apparut entre deux nuages, éclairant partiellement le campement.

Des hiboux ! éructa l’Atlante. Tas de vauriens, ce ne sont que des hiboux. Par les crocs de la vipère, réduisez-moi ça en bouillie !

L’ordre était beaucoup plus facile à émettre qu’à exécuter. Une bonne trentaine de ces oiseaux de nuit tournoyait au-dessus du camp. Ils piquaient serres ou bec en avant, pinçant ou lacérant les bras et les mains à leur portée. Les hommes-chacals, rendus furieux par leurs égratignures multiples, fouettaient rageusement les airs, sans grand résultats. Les hiboux se retiraient promptement pour attaquer à nouveau sous un autre angle.

Autour du poteau de torture, les deux filles n’étaient pas restées inactives. Dès les premiers instants, Petite Fleur Des Champs s’était tournée vers sa compagne. Ailes D’Azur avait alors allongé la jambe et réussi à ramener le précieux tomahawk. Toutes deux s’étaient ensuite accroupies. La corde avait du mal à glisser sur le tronc rugueux, mais elles avaient forcé, tant et si bien que les doigts de la jeune Indienne touchèrent bientôt le sol puis le tomahawk.

Le tranchant de la lame dans le creux de sa paume, elle pressentit que ses liens ne lui résisteraient pas longtemps. En effet, elle les cisailla rapidement. Peu après, elle était libre. Un coup de tomahawk et ceux d’Ailes d’Azur furent tranchés nets.

La malheureuse s’écroula par terre.

Debout, Ailes d’Azur ! Envole-toi, allez !

Effondrée sur le dos, la fille des Vents demeura inerte, foudroyée par l’épuisement. À force de punitions et de privations, Coeur De Fiel lui avait volé sa vitalité. Alors, faisant fi de sa propre fatigue, la chasseresse des prairies la releva et courut en la maintenant par la taille.

Courage, Ailes d’Azur ! Je vais te sortir de là, essaie de courir, c’est notre dernière chance.

Un éclair rouge zébra la nuit. Sur son passage, il désintégra un hibou avant de calciner les herbes à dix pas des deux filles. Harcelé par trois hiboux, l’Atlante dardait un regard sauvage sur les deux fugitives. Un nouvel éclair teinta l’obscurité d’écarlate, toujours très au-delà de deux amies.

Un si mauvais tir n’était pas normal. Petite Fleur Des Champs en soupçonna immédiatement la signification. Coeur De Fiel ne voulait que les effrayer. Il n’osait pas tirer plus près, car si jamais il touchait Ailes d’Azur d’un de ses traits de feu, il la tuerait. Il perdrait alors toute chance de connaître le secret de la Perle De Lune, ce joyau auquel il tenait tant.

Elle exploita cet atermoiement.

En avant, Ailes d’Azur ! Il essaie de nous intimider, ne prends pas garde à ses tirs.

Toujours en soutenant la fille bleue par la taille et en la portant à moitié, elle s’éloignait du champ de bataille. Elle se hâtait vers la forêt proche et la protection des arbres, supportant à chaque foulée le poids de sa compagne vacillante.

Ne les laissez pas filer, tas de déchets humains ! vociféra Coeur De Fiel. Qu’attendez-vous pour leur courir après ? Attrapez-les ou mon laser vous grillera sur place !

Des pas écrasèrent précipitamment le sol. Une dizaine d’hommes-chacals avait quitté le groupe. La peur de mourir avait vaincu celle du noir, et le harcèlement des hiboux ne parvenait plus à les arrêter.

Ramenez-les-moi, vivantes ! Entendirent hurler les deux amies alors qu’elles franchissaient la lisière de la forêt. D’abord la fille bleue. Il me la faut en priorité et en entier !

Des éclairs rouges balayèrent le ciel noir sous la rage frénétique de Coeur De Fiel. Aussi soudainement qu’ils étaient apparus, les hiboux s’égaillèrent. Aucune aile ne bruissait au-dessus du campement depuis longtemps quand l’Atlante s’aperçut enfin qu’il tirait dans le vide.

Dans la forêt, Petite Fleur Des Champs se battait comme une panthère. Deux chac-hommes l’avaient saisie brusquement, l’un par le coude, l’autre par le genou. Elle virevolta. Le côté non tranchant de son tomahawk, faisant office de marteau, mit l’un de ses adversaires hors de combat. Le deuxième hurla quand le manche de la hache de pierre lui écrasa les doigts. Il sauta en arrière en soufflant sur sa main. Un coup sur la tempe l’envoya au pays des songes. Cinq autres se dressèrent alors devant elle, armés de solides gourdins.

Ceux-là, elle n’en viendrait pas à bout, aussi vivace fût-elle ! D’autant qu’un piétinement furieux annonçait la venue d’une nouvelle troupe.

Va-t-en ! Ne t’occupe pas de moi et fuis ! cria-t-elle à l’adresse d’Ailes d’Azur.

Elle entreprit d’attirer les chac-hommes sur elle, et de les entraîner ailleurs. Elle fit mine de les charger, tomahawk dressé. Les cinq robustes semi-humains s’écartèrent en demi-cercle. Leur gourdin se levait déjà, prêt à s’abattre sur leur minuscule agresseur. Ils en furent pour leur frais. Les massues ne trouvèrent aucune tête à aplatir.

Juste au moment où les armes allaient la toucher, elle se jeta au beau milieu d’un buisson.

Frustrés d’une victoire qu’ils croyaient facile, les chac-hommes bondirent à sa suite. Leurs corps massifs s’empêtrèrent dans les tiges souples et résistantes du massif. Lorsqu’ils s’en extirpèrent, enragés de hurlements, elle s’était évanouie dans la forêt. Ne flottaient plus dans le sous-bois que l’ombre de la marque d’une paire de bottines et l’odeur sucrée si caractéristique de la fillette.

Ils s’élancèrent à sa poursuite, rageant d’avoir été bernés si aisément.

Au coeur des ténèbres, Petite Fleur Des Champs courait d’un pied vif et léger. Les derniers événements avaient dissipé sa fatigue. Le tour joué aux semi-humains ne la sauverait que pour un temps limité. Tôt ou tard, ils se dégageraient du buisson et la pisteraient à son odeur. Contre leur flair, elle était désarmée. Où qu’elle aille, elle laisserait sur le sol une trace aussi visible qu’un feu dans la nuit.

Des glapissements de joie suivis de cris plus aigus, incontestablement humains, la révulsèrent. Les chac-hommes avaient retrouvé Ailes d’Azur et l’avaient de nouveau capturée. Elle eut la tentation de retourner au campement mais y renonça. La meilleure façon d’aider la fille des Vents était de rester libre et non de se jeter bêtement dans les griffes des hommes-chacals. Elle reviendrait la délivrer. Pour l’instant, il lui fallait déjouer ses poursuivants.

Elle usa de mille ruses afin de mettre en échec leur flair. Elle revenait sur son chemin puis, sautant vivement sur le côté, prenait une direction différente. Ou bien, elle trempait ses bottines dans le jus de gros fruits jaunes ou encore, saupoudrait sa route des débris d’une espèce de champignons dont l’odeur était répugnante.

Au bout d’une course interminable, elle découvrit presque par surprise le ruban argenté d’un large ruisseau.

Dans sa poitrine, son coeur à lui seul faisait plus de bruit que tous les mouvements de son corps. Le souffle court, elle se précipita en avant. L’eau fraîche lui glaça les jambes jusqu’à la hauteur des cuisses. Sans s’accorder le moindre répit, elle descendit le courant en trébuchant parfois contre le flanc d’un galet. Ses traits, contractés par la fatigue, n’exprimaient plus qu’un effort soutenu. Son regard, en revanche, pétillait de malice.

L’eau dissipait les odeurs. Même si les chac-hommes avaient pu suivre sa piste, en reniflant les branches des arbres et des taillis qu’elle avait touchées durant sa course, ils seraient bloqués au niveau du ruisseau. Ils auraient beau humer le courant, leur flair aiguisé ne leur serait d’aucun secours. Les gouttes qui portaient son odeur ne seraient plus là.

Pour autant, elle ne consentit aucune halte. À peine s’aspergea-t-elle le visage quand la sueur coulant de son front lui brûla les yeux. L’eau glacée lui fouetta le sang, ravivant le rose vif de ses joues.

Elle continua ainsi longtemps. Elle n’aurait su dire exactement le temps passé à marcher d’une allure bancale dans le lit de ce ruisseau, toujours est-il qu’elle fut ébahie de voir la lune pâlir au-dessus d’elle. Le ciel s’éclaircissait à l’horizon. Le jour ne tarderait pas à se lever.

Le poids d’une journée et d’une nuit entière à courir et à fuir gagna tout son être. Ses membres étaient de plomb. Elle n’avançait guère plus que d’un demi-pas à chaque enjambée. Le sommeil menaçait de s’abattre à chacun de ses gestes.

Il était stupide de continuer dans ces conditions, au risque de se noyer. D’autant qu’elle avait semé ses poursuivants. Elle pouvait se permettre un peu de repos désormais.

Les longues branches d’un saule pleureur qui se balançait en amont l’attirèrent irrésistiblement. Son couvert lui offrirait une niche réconfortante où il ferait bon dormir.

Rassemblant ses dernières forces, elle se hissa sur la berge. Elle se traîna plutôt qu’elle ne marcha jusqu’à l’arbre. Elle l’avait presque atteint quand, surgissant de la forêt proche, trois hommes-chacals rugissants emplirent son champ de vision de leur forme immense et ténébreuse.

Comment l’avaient-ils retrouvée ? Où était la faute ?…

Il n’y en avait pas !

Le sourire féroce qu’ils arboraient et la formation circulaire qu’ils adoptaient avant de l’attaquer dénotaient une intelligence supérieure à celle d’un simple animal. Parvenus au ruisseau, ils n’étaient pas restés déconcertés longtemps. L’odeur de leur proie avait stoppé net et ne continuait pas au-delà sur la berge opposée. Ils avaient tourné en rond quelques instants avant que leur raisonnement ne leur indique l’unique voie d’évasion de la fillette. Ils s’étaient alors scindés en deux groupes. Trois chac-hommes avaient descendu le cours d’eau, deux l’avaient remonté, chacun humant continuellement les deux berges pour trouver l’endroit où elle était sortie.

Leurs longues jambes avaient gagné du terrain et ils l’avaient rattrapée.

En un éclair, elle comprit tout cela. Elle ne se lamenta pas, ne cria pas à l’injustice ni ne maudit les manitous. Elle étreignit simplement son tomahawk.

Le visage presque serein dans sa volonté de combattre, elle se releva et se campa face à ses ennemis dont chacun pesait trois ou quatre fois plus qu’elle. L’issue de l’affrontement ne faisait aucun doute. Pourtant, si son bras fatigué avait du mal à se lever, ses paupières, elles, ne baissaient pas. Ses prunelles sombres ne trahissaient aucune peur. Une Inikawas savait mourir ! Elle rendrait son dernier soupir debout et les yeux ouverts.

Les hurlements des trois hommes-chacals ébranlèrent la brise du petit matin. Ils se ruèrent sur la fille épuisée.

Une flamme rouge fulgura à travers les airs. Petite Fleur Des Champs crut que l’aurore jaillissait de l’horizon. Il n’en était rien. Le trait de feu ne provenait pas du soleil levant. Il ressemblait étonnamment à ceux de Coeur De Fiel et provoquait les mêmes effets. Au terme de sa course, il toucha l’un des chac-hommes qui se désintégra en un tas de cendre. Un autre chac-homme partit également en fumée. Un troisième éclair rouge manqua le dernier des assaillants. Il s’enfuit en glapissant de terreur.

La quiétude retomba soudain sur la berge, comme si nul ne l’avait troublée.

L’aurore drapait l’horizon d’un voile rouge et lumineux. Se pouvait-il que… ? Elle secoua la tête. Non, c’était impossible ! Un être humain était à l’origine de ces éclairs de feu, pas le soleil. Elle scruta minutieusement les environs et n’eut pas à attendre longtemps pour obtenir le fin mot de ce mystère.

Sortant de derrière le tronc massif d’un peuplier, une tige de métal à la main, un homme s’avança.

Bien le bonjour, jeune personne !

La courbette qu’il exécuta tenait de la caricature plutôt que de la révérence. Petite Fleur Des Champs n’aurait su dire ce qui le lui rendait si désagréable. Son apparence y était certainement pour beaucoup. Des jambes torses, une poitrine volumineuse au point d’en paraître plus ample que la normale et un visage contrefait n’étaient pas pour arranger son profil. Pire, une peau épaisse et squameuse recouvrait son épiderme d’une sorte d’écailles froides et sales.

Elle en éprouva une répulsion instinctive. Pourtant, cet homme l’avait sauvée. Sans son intervention, elle serait morte à présent. Du reste, une apparence ne signifiait rien. Ce n’était pas sur son aspect que l’on jugeait un être. Quelle que fût la malchance qui conduisit cet individu à se retrouver dans un corps aussi horrible, il serait indécent de sa part d’en ressentir de la répugnance. Elle était une Inikawas, fidèle aux coutumes de son peuple qui montrait de la reconnaissance envers un bienfaiteur.

Qui que tu sois, homme au bâton lanceur d’éclairs, Petite Fleur des Champs te remercie. Tu l’as sauvée de ces terribles hommes-chacals, que le Grand Condor, emblème de ma tribu, favorise ton chemin pour cela.

Un ricanement sec et rocailleux s’échappa de la bouche aux lèvres quasi inexistantes du nouveau venu. Il s’approcha à petits pas. Deux êtres immenses, couverts d’une toison fauve, jaillirent de la forêt en se balançant de branche en branche à une rapidité étonnante pour finalement sauter sur le sol.

De surprise autant que par prudence, elle recula jusqu’au tronc du saule pleureur. Jamais, elle n’avait vu de tels animaux. Un rire sardonique secoua l’homme.

Tu n’as rien à craindre de mes gorilles. Ce sont mes gardes du corps autant que mes serviteurs. Avec eux, je ne redoute personne. Ils sont de taille à repousser n’importe quel agresseur.

De fait, ils étaient impressionnants. Deux fois plus grands qu’un chasseur adulte, leurs épaules égalaient les dimensions d’un tipi et leur force devait être très certainement gigantesque.

Je m’appelle Mutant, se présenta l’homme. Peut-être as-tu déjà entendu parler de moi ?

Non ! Qu’est-ce que c’est un mutant ? Un arbre, un animal ?

Le rire sarcastique du nouvel arrivant lui fit grincer les nerfs.

Non, non, rien de tout cela, répondit-il d’un geste évasif. D’ailleurs, cela n’a aucune importance !

Pour la petite Inikawas, cela en avait. Chez les siens, la cérémonie du nom tenait une place particulière. Les noms avaient toujours une signification, ils soulignaient un trait de caractère, un aspect physique ; souvent, ils évoquaient un phénomène du monde animal ou végétal. Si l’inconnu ne voulait pas s’étendre là-dessus, ce n’était pas à elle d’insister.

Son attention quitta les deux énormes gorilles qui la stupéfiaient pour se reporter sur Mutant.

Les yeux torves d’un brun jaunâtre fuirent les siens. Un instant, elle eut l’impression fugace qu’une lueur méchante et sournoise la toisait et la jaugeait. Sans doute la fatigue avait-elle abusé ses sens, car l’homme l’avait sauvée d’une mort certaine et, maintenant qu’elle l’examinait minutieusement, son regard ne renvoyait rien de plus qu’une légère moquerie, même s’il ne la fixait pas directement.

Elle vacilla. Ses jambes flageolantes la maintenaient à peine debout. Mutant l’observa attentivement.

Quelque chose ne va pas ? Tu es sur le point de t’écrouler, on dirait. Ce doit être le contrecoup de la peur qui t’ébranle à ce point.

Fouettée par l’ironie sourde de ces paroles, elle releva vivement la tête et répliqua.

Une Inikawas ne connaît pas la peur. Elle affronte le danger la tête haute. Je manque simplement de sommeil. Je n’ai pas dormi depuis hier matin et je n’ai pas arrêté de courir. C’est la fatigue qui me fait chanceler, uniquement la fatigue !

Oh, oh ! railla Mutant. On est sourcilleux sur les questions d’honneur en ce pays. Pour une si jeune personne, c’est plutôt rare. Et que fais-tu, seule, dans ce coin sauvage ? Ces hommes-chacals ne t’ont pas attaquée juste par plaisir, je présume. Tu as dû les provoquer d’une manière ou d’une autre.

Elle se récria aussitôt. L’irritation la gagnait à l’écoute du persiflage oiseux de Mutant. Et n’ayant rien à cacher, elle relata brièvement le rapt de l’une de ses amies (Ailes d’Azur) et sa tentative de libération suivie de la traque des chac-hommes. Elle se garda toutefois de lui apprendre comment elle avait rencontré la fille des Vents et ne mentionna à aucun moment les raisons de l’acharnement de Coeur de Fiel. Qu’une personne cherche à s’emparer de la Perle De Lune, c’était largement suffisant !

Elle ne connaissait rien de Mutant. Derrière son attitude en apparence honnête, quoique railleuse, elle pressentait une sournoiserie indéfinissable. L’individu n’était pas homme à laisser passer une bonne affaire, elle le devinait, et tout portait à croire que cette perle possédait une valeur considérable. Mieux valait donc ne pas éveiller sa convoitise.

Mutant l’écouta sans l’interrompre, ses pupilles couraient à droite à gauche, et ne s’arrêtaient que rarement pour la regarder de face. Quand elle eut terminé, il lui offrit immédiatement son appui.

Elle prit le temps de respirer avant de répliquer.

Tout ce qui peut aider à la délivrance de mon amie est bienvenu. Seulement, je me demande la raison qui te pousserait à lui porter assistance. Elle n’est rien pour toi, à ce que je sache ?

Le rire caustique de Mutant lui irrita une nouvelle fois les nerfs. Il avait le don de la hérisser. Maîtrisant son agacement, elle le dévisagea. Le regard fuyant de son vis-à-vis n’incitait pas à la confiance. Son rire, même, semblait émaillé de mensonges. Enfin, il se décida à lui répondre.

C’est fort simple. Je n’aime pas voir des enfants prisonniers. L’individu que tu nommes Coeur De Fiel, n’est pas digne de compter parmi le genre humain. Un homme véritable n’enlève pas des enfants. Voilà pourquoi j’irai chercher Ailes d’Azur avec toi.

Eh, bien…

Quoi donc ?

Petite Fleur Des Champs hésitait. Pourtant, Mutant était sincère, ses paroles le prouvaient. Elle ne s’expliquait pas pourquoi son âme rechignait à l’idée qu’il l’accompagne dans cette expédition.

N’as-tu pas confiance en moi ?

À dire vrai…

Je vois ! Tu penses que je pourrais te causer du tort ou à ton amie. Mais, si vraiment je te voulais du mal, ne crois-tu pas que ce serait déjà fait ? Un geste de ma part et mes gorilles te déchiquettent ! Songe également que je t’ai débarrassée de tes agresseurs. Si je n’étais pas intervenu, tu serais morte et dévorée par les monstres qui t’assaillaient.

Elle convint que son interlocuteur avait raison. Aussi persifleur fût-il, Mutant aurait eu tout le loisir de l’emprisonner ou de la tuer si tel avait été son désir. Un simple coup de ses gorilles aurait brisé ses os comme du bois sec et un de ses traits de feu l’aurait calcinée en un clin d’oeil. Non, ses hésitations et sa méfiance n’étaient pas fondées. Mutant acheva de la convaincre.

Je dois ajouter qu’en face de Coeur de Fiel, tu ne pèserais pas lourd. Il possède un laser (un lance-éclairs si tu préfères) et ses chac-hommes sont de redoutables adversaires. Sans mon assistance et celle de mes gorilles, tu ne réussiras pas à libérer ton amie.

Je suis désolée d’avoir mis en doute tes paroles, Mutant. J’accepte ton aide. Allons vite délivrer Ailes d’Azur des griffes de ce monstre !

Holà, jeune fille ! Il faudrait auparavant prendre du repos. Tu es sur le point de tomber raide sur le sol. Ma roulotte est à une volée de flèches d’ici. Suis-moi !

Quelques pas plus loin, la forêt finissait brusquement. Elle laissait place à l’habituelle prairie couverte d’herbes de longueurs inégales. Dissimulée au coeur d’un massif de bambou, une voiture à quatre roues, bâchée d’une toile grise, attendait son propriétaire. Les deux chevaux qui la tractaient broutaient les pousses tendres à hauteur de leurs naseaux.

Voilà ma carriole, ma roulotte ! J’y passe le clair de mon temps depuis qu’il m’est venu l’idée de courir le monde.

Tu n’as pas de tribu ?

Si, mais elle est très loin. J’y retourne parfois pour y vendre les raretés que je déniche au fil de mes voyages. Je fais profession de commerçant en objets rares et introuvables. J’ai d’ailleurs eu de la chance ces derniers temps, car vois-tu, j’ai découvert quelque chose qui m’apportera la fortune.

Tant mieux pour toi ! Répondit-elle négligemment.

Sa vue se troublait, ses paupières avaient tendance à se fermer. Elle devait leur opposer une volonté farouche afin de les maintenir ouverts.

Va dans la roulotte, tu y trouveras bien une place où t’allonger pour y dormir.

La voyant sur le point de protester, il la devança.

Non, non ! Pour l’instant, tu es inutile. Je n’ai pas besoin de toi pour retrouver Coeur De Fiel. D’après tes explications, il se dirige vers le sud, à travers la prairie. Nous longerons donc la forêt jusqu’à la lisière sud. Par précaution, je vais envoyer l’un de mes gorilles en éclaireur. Il nous indiquera sa position exacte.

Petite Fleur Des Champs n’avait rien à ajouter à ce discours. Elle grimpa laborieusement dans la roulotte. Repoussant des monceaux d’objets hétéroclites et inconnus, elle dégagea un espace suffisant pour s’y étendre.

Avant de s’installer sur le siège du cocher, Mutant chuchota des paroles sibyllines à l’oreille d’un gorille. Elle n’en saisit pas la signification, les sons lui étaient par trop inhabituels. Alors que la carriole s’ébranlait, le gorille partit en direction de la forêt.

La vision du grand singe disparaissant sous le couvert lui rappela une autre forme arborant la même teinte fauve. Elle n’eut pas le temps d’effectuer un rapprochement et de se remémorer le premier événement, la brume du sommeil lui ôtait toute faculté de raisonnement. À peine perçut-elle deux disques phosphorescents qui l’observaient du haut d’un chêne. Où donc les avait-elle déjà vus ? Elle sombra dans l’inconscience avant d’avoir pu véritablement formuler sa question.

Là-bas, dans le chêne, les yeux du hibou suivirent la marche cahotante de la roulotte. Ils s’unirent mystérieusement à une autre paire d’yeux située à une longue distance de là. Dans ces prunelles se réfléchissait la même roulotte que celle contemplée par le hibou ; des prunelles d’un vert glauque, profondément enfoncées dans un visage ridé.

4- Achat du livre papier. Pour ceux intéressés.

Les lecteurs intéressés par l’acquisition soit du livre papier, soit du livre en version numérique (ebook) peuvent se le procurer selon les liens suivants :

Livre papier, cliquez « roman fantasy » .

Version numérique, cliquez sur « livre numérique » .

Information : Les couvertures sont différentes s’il s’agit du livre papier ou du numérique.

La version numérique est aussi disponible sur d’autres plateformes Itunes, Google play, etc.

6- Autres livres à lire gratuitement.

Pour connaître les autres romans disponibles gratuitement à la lecture, cliquez sur « romans entiers à lire » . Vous arriverez à une autre page de ce site qui vous les énumère.

 

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