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Les Hortours – chapitre 2

Le deuxième chapitre du roman – à lire gratuitement.

Nous vous présentons ici le deuxième chapitre du roman de Patrick Huet intitulé « Les Hortours – dans l’enfer de la jungle » .

Roman de science-fiction les Hortours, de Patrick HuetDans ce chapitre, vous découvrirez qui sont vraiment les Hortours…

et qui est Lahiline et quel est ce mystérieux pouvoir qu’elle détient.

Auteur du roman : Patrick Huet.

Titre de ce chapitre : Les Hortours.

Plan de cette page.

1- Note d’explication.

2- Résumé de l’épisode précédent.

3- Début du chapitre 2. (Ici, commence la lecture).

4- Achat du livre papier pour ceux qui le souhaitent. Cliquez sur Lien.

5- Laisser un commentaire.

1- Note d’explication.

Le roman « Les Hortours » est proposé ici en lecture libre et gratuite par son auteur Patrick Huet, chapitre par chapitre (qui paraîtront régulièrement).

La lecture est libre, mais pas sa reproduction. Tout le texte est soumis à copyright. Si vous souhaitez partager ce roman avec d’autres, diffusez simplement le lien vers cette page, mais pas le texte.

Présentation de l’histoire.

La présentation de cette histoire figure dans la page publiant le premier chapitre. En voici le lien. Cliquez sur « premier chapitre du roman » .

2- Résumé de l’épisode précédent.

Après avoir enfin réussi à capturer un lièvre pour se nourrir, Vaaxor fut pris à son tour comme cible par un tigre affamé.

Ses réflexes aiguisés par des mois de vie sauvage dans la jungle lui permirent d’en réchapper de justesse.

De retour dans sa hutte nichée sur la branche maîtresse d’un arbre, il commit l’erreur de rôtir son gibier. Le fumet délicieux se répandit alentour et attisa les narines d’un gigantesque primate comme seule cette jungle pouvait en concevoir.

Dans sa hâte, l’immense gorille pulvérisa la hutte pour s’emparer du gibier fumant.

Au cours d’une lutte féroce, Vaaxor parvint à briser l’élan du monstre. Mais le jour tombait. Il n’avait plus de hutte.

Sans abri, il avait peu de chances de survivre à tous les prédateurs nocturnes qui s’éveilleraient bientôt. Même sur une haute branche sa vie était en danger.

Solution temporaire : gagner la falaise à la lisière de la forêt.

Echappant de peu à un zac, un des prédateurs les plus féroces de la jungle, il escalada la falaise jusqu’à mi-hauteur. Il comptait s’accrocher à une saillie suffisamment large pour ne pas tomber, et attendre ainsi le petit jour. Il parvint finalement à une grotte et rencontra pour la première fois Lahiline dans un rêve très surprenant.

3- Début du chapitre 2. (Ici commence la lecture).

(Ce texte est sous copyright et ne peut être reproduit sans l’accord de l’auteur.)

Chapitre 2 – Les Hortours.

Ailleurs, bien loin des rêves de Vaaxor, ou peut-être pas si loin, quelqu’un se débattait frénétiquement sous la toile de sa tente. Une voix tendre mais éperdue appelait à l’aide.

Une quinzaine d’hommes surgit dans la clarté des étoiles. Ils se précipitèrent vers le campement au milieu d’un petit jardin. Une vieille dame les suivit à la hâte : « Mon dieu, que se passe-t-il ? »

Et la jeune voix continuait de crier : « Aah, au secours… j’étouffe ! »

Des mains robustes empoignèrent la tente et la soulevèrent. Une jeune fille s’y était complètement emmêlée et criait dans son sommeil, croyant lutter contre un démon inconnu.

Les hommes ne bougeaient pas. La vieille femme s’élança vers elle et la secoua.

– Lahiline, voyons ! Réveille-toi ! Tu ne combats que la toile de ta tente. Elle est tombée sur toi. Ce n’est rien.

Une adolescente égarée se révéla sous les regards anxieux de l’assistance. Les traits de son visage dessinaient une courbe parfaite. Ses grands yeux lumineux brillaient dans la pénombre. En se redressant, elle promena autour d’elle une expression ébahie.

D’un geste de la main, la vieille femme montra aux hommes les piquets gisant sur le sol. Ils les replantèrent et y replacèrent la toile bleue brodée d’or. Ils saluèrent Lahiline avec un profond respect puis se fondirent dans la nuit.

La jeune fille s’assit sur son lit. Un flot de cheveux fins et lustrés déborda le rempart de ses épaules et dégringola sur ses genoux.

– Lahorte, murmura-t-elle d’une voix si douce qu’elle charmait les oreilles.

La vieille femme s’agenouilla près d’elle et en lui lissant les cheveux répondit.

– Me voici, Lahiline, enfant-déesse du clan des Hortours.

– Je ne suis plus une enfant, Lahorte.

– Je le sais bien. Dans mon cœur cependant, tu resteras toujours l’enfant-déesse des Hortours. De ceux qui ont fui la dictature pour vivre hors de la Tour. Grâce à toi et au don que tu possèdes, les Hortours peuvent manger à leur faim depuis ta naissance, sans se rationner, sans avoir besoin de se rendre à l’intérieur de l’immeuble pour y voler des aliments et prendre ainsi le risque de mourir ou de dévoiler notre refuge. Enfant-déesse, tu as été. Bientôt, ce sera comme une déesse à part entière que l’on te considérera.

Les grands yeux lumineux de Lahiline battirent brièvement. Son visage, d’une beauté magnifique, demeurait songeur.

– Lahorte, toi qui fus ma gouvernante depuis la mort de mes parents peu après ma naissance, toi qui fus l’oreille de mes confidences, écoute ! Il vient de m’arriver une chose qui me laisse perplexe.

– À propos de la toile de ta tente ? Un coup de vent a dû la renverser et tu as cru que…

– Il ne s’agit pas de cela, mais de ce qui est survenu juste avant.

À mi-voix, Lahiline rapporta.

– Je me trouvais dans le jardin. Ce n’était pas la nuit, au contraire, il faisait grand soleil. Un beau jeune homme est apparu. Nous avons discuté un moment. Il s’appelait… oh ! C’est trop bête, j’ai oublié son nom… C’est alors qu’un voile noir m’emprisonna et que je me débattis comme une folle pour me dégager de ce piège.

La vieille femme hocha la tête.

– Un beau garçon, dis-tu ?

Les prunelles de Lahiline brillèrent dans la nuit.

– Oui ! Il avait quelque chose de spécial. Je ne pourrais définir ce que c’était, une sorte d’attraction qui m’attirait vers lui et me donnait l’envie de partager plus longtemps sa compagnie.

Un éclair d’amusement passa dans les yeux délavés de la gouvernante. Un bref sourire étira ses lèvres sèches.

– Cette « chose spéciale », cette forme d’attirance, porte un nom bien précis. Cela dit, laissons de côté la nomenclature et parlons plutôt de l’interprétation de ton rêve.

– J’ai vécu cela si fort qu’il me semble que c’était plus qu’un songe.

– Il en est ainsi des rêves, certains sont plus vifs que d’autres ! Tu as rêvé d’un garçon, Lahiline. Ce n’est pas sans raison puisque te voilà devenue une jeune fille. Dans deux jours, tu fêteras tes quinze ans. L’aurais-tu oublié ?

– Non point, ma bonne Lahorte. Depuis quelque temps, les hommes me regardent différemment ; toujours avec autant de respect ; ils m’appellent toujours enfant-déesse. Mais je ressens une nuance différente dans leur attitude.

– Comment pourrait-il en être autrement ? Tu connais la coutume de notre monde, même ceux de la Tour la respectent.

– Les Nuptiales !

– Oui.

– L’approche de cette cérémonie ne m’enthousiasme pas !

– Tu me l’as déjà confié, Lahiline. Pourtant, même une enfant-déesse ne saurait s’opposer aux traditions millénaires. Lorsqu’une jeune fille atteint l’âge de quinze ans, nous organisons la cérémonie des Nuptiales et, au cours de cette fête, elle doit choisir celui qui sera son époux.

– Et j’aurais bientôt quinze ans…

– Quinze ans, et belle à en faire pâlir le jour ! Tu comprends dès lors pourquoi les hommes, en plus du respect qu’ils t’ont toujours témoigné, rivalisent d’attention à ton égard. Dans deux jours, l’un d’eux sera ton mari.

Le clair visage de Lahiline s’assombrit.

– Cette perspective ne m’enchante pas.

– Tu me l’as déjà dit. Et je te renouvelle ma réponse, même une enfant-déesse ne saurait se dérober aux Nuptiales. D’autant que son corps est femme et que tous attendent avec impatience d’apprendre lequel sera choisi.

Comme sa protégée ne répondait rien, Lahorte continua.

– Cette soirée sera inoubliable. Nous aurons de la musique, des jeux ! Toutes les jeunes filles appréhendent cet instant crucial de leur existence. Je te garantis néanmoins que tu en garderas un souvenir merveilleux.

Plongées dans leur conversation, elles ne virent pas les heures s’envoler. Un soleil jaune rayonnait déjà depuis un moment quand elles prirent conscience de sa clarté au travers de la tente.

Lahiline se leva gracieusement. Sa chevelure scintilla jusqu’au bas de son dos et lorsqu’elle releva un des bords de la toile qui faisait figure de porte, elle cligna des yeux. Plus loin, une dizaine d’hommes se tenaient les bras chargés de fruits et de menus objets.

Le premier s’avança.

– Enfant-déesse, je t’apporte ces pommes dorées. Elles sont douces comme ta voix et rafraîchiront ta journée.

Elle le remercia d’un léger sourire. Le deuxième apportait lui aussi des fruits, le troisième un peigne, le quatrième un bâtonnet de parfum et ainsi de suite. Elle les remercia tous, gentiment, et retourna dans sa tente. Tandis que les hommes s’éloignaient, Lahiline échangea un long regard avec sa gouvernante.

– Hé oui, murmura cette dernière en souriant, dans deux jours, tu devras choisir l’un d’eux. Déjà, ils se font remarquer par leurs présents. Il en sera ainsi jusqu’aux Nuptiales.

Lahiline déjeuna en compagnie de sa gouvernante. La vieille femme l’aida ensuite à se vêtir.

– Cette robe couleur de feuille te va à ravir, enfant-déesse. On aurait du mal à trouver une nuance plus appropriée à la cérémonie de la Pousse.

– Tu devrais te féliciter toi-même, ma bonne Lahorte. Tes doigts l’ont taillée et cousue à ma taille. J’en suis très heureuse, elle convient parfaitement à cérémonie de ce matin. D’ailleurs, j’en entends déjà les grelots.

Lahiline sortit de la tente brodée d’or. Six jeunes enfants en tunique verte s’approchaient deux par deux en faisant tinter les grelots attachés à leurs bras et à leur ceinture. Ils ployèrent le genou comme Lahiline venait vers eux. Elle leur sourit et les invita à reprendre leur marche. Ils se retournèrent et, toujours deux par deux, ouvrirent le chemin à Lahiline. L’un d’eux prit un tambourin et entonna un long battement au rythme de leur avance.

Au fur et à mesure de leur progression, des hommes et des femmes les rejoignaient. Bientôt, tout le clan des Hortours suivit l’enfant-déesse et sa procession : une centaine d’âmes, dont vingt enfants de moins de dix ans.

Le cortège traversa un verger, un grand pré où des blés mûrissaient, contourna une mare, une suite de bâtiments effondrés puis accéda à un espace chaotique où des rochers s’amoncelaient en amas épars.

Lahiline s’arrêta en face du monticule le plus imposant. Selon sa gouvernante, un zoo se dressait en ces lieux autrefois. On y détenait des bêtes sauvages. Lorsque les premiers Hortours s’étaient réfugiés dans ce secteur, il y eut un combat entre eux et une équipe de la Garde Noire, la police du dictateur, qui passait dans les environs. Ces policiers venaient en simples touristes voir les animaux en cage. Ils n’avaient donc pas de visionneuses avec eux, cet appareil que l’on fixe à la ceinture et qui permet de communiquer à distance en transmettant le visage de l’interlocuteur.

En découvrant les fugitifs, les membres de la Garde Noire furent saisis d’une rage sanguinaire. Un terrible combat s’ensuivit. Le chef de cette équipe possédait un laser. Le rayon frappait au hasard et détruisit l’ensemble des bâtiments et la plupart des animaux en captivité. Quelques-uns réussirent cependant à sauver leur vie et disparurent des environs.

Les assaillants finirent par être anéantis, non sans mal, et cet endroit était resté en ruine, sauvage et stérile. Voilà pourquoi Lahiline l’avait choisi aujourd’hui pour la cérémonie de la Pousse. Un rituel qui se renouvelait tous les vingt jours, depuis le moment où elle avait su marcher toute seule et déployer son talent au grand ébahissement de ses proches. Dès cet instant, elle était devenue « l’enfant-déesse ».

Une petite fille en robe blanche sortit de la colonne, un plateau sur les mains, et sur celui-ci, une graine pas plus grosse qu’un noyau de pêche. Accompagnée des battements du tambourin et des tintements des grelots, elle posa la graine sur une des pierres puis retourna dans le cortège.

Alors, Lahiline s’avança, seule, face au monticule de pierres. Tambourin et grelots cessèrent leur sarabande. Les respirations s’arrêtèrent. L’enfant-déesse leva ses bras d’une blancheur extraordinaire contre le soleil doré. Ses longs cheveux roulèrent en cascade le long de son corps, soulignant la courbe de sa taille.

L’assistance se laissa captiver par le chatoiement de sa chevelure sous le soleil matinal. Le visage de Lahiline, d’une pureté absolue, se tendit vers le ciel tandis qu’une douce mélopée s’échappait de ses lèvres. Un léger craquement monta de l’amas de pierres. Les regards se dirigèrent vers lui et se rivèrent sur la graine qui se fendait. Une mince tige montra sa tendre texture. Elle s’éleva lentement tout en prenant du volume.

La coque de la graine s’écartait de plus en plus. D’ailleurs, la graine elle-même se gonflait, à tel point qu’elle finit par éclater pour laisser place à une dizaine de filaments. La tige mesurait près de dix centimètres et continuait son ascension. Les filaments, eux, descendaient. Et plus ils descendaient, plus leur diamètre augmentait. Ils touchèrent la pierre, s’y accrochèrent, la fendirent et se lancèrent à l’assaut de la crevasse ainsi ouverte. À leur opposé, la tige montait toujours, et son diamètre également s’accroissait à une vitesse effrayante.

Quelques minutes plus tard, un arbre immense flamboyait au-dessus du monceau de débris jusqu’à présent stériles, ses racines profondément enfoncées dans les blocs de ciment. Il s’épanouissait au-dessus de l’assistance autant que le sourire de Lahiline s’épanouissait de bonheur sur son visage. Quand elle se retourna vers les siens, ils furent estomaqués par la beauté qui l’inondait. Un cri unanime jaillit du clan tout entier.

« Lahiline ! »

Le tambourin reprit son battement, les grelots tintèrent à nouveau et l’on applaudit dans une cataracte d’admiration. L’enfant-déesse d’un mouvement gracieux de ses mains les invita à s’approcher de l’arbre.

Les enfants coururent les premiers vers les branches chargées de fruits lourds et parfumés. Les adultes les suivirent et organisèrent la cueillette.

Lahiline souriait. Elle prit le chemin de son jardin privé et regagna sa tente.

En début d’après-midi, sa gouvernante entra vivement. Elle paraissait nerveuse, agitée. Lahiline s’inquiéta.

– Que se passe-t-il, ma chère Lahorte ? Ton visage est bien sombre par une si belle journée.

– J’ai hélas de bons motifs pour cela ! Mais Silun te racontera cela mieux que moi. En tant que chef des Hortours, il réclame audience à l’enfant-déesse pour lui demander conseil.

– Des conseils ? Moi ? J’ignore tout de la gestion d’un clan… Bon ! Fais-le entrer !

La gouvernante s’exécuta. Silun recroquevilla sa haute taille pour passer dans la tante. Ses larges épaules s’abaissèrent tandis qu’il fléchissait un genou.

– Enfant-déesse, je te salue bien bas.

– Relève-toi, Silun, et dis-moi ce qui t’amène.

L’homme se redressa, mais dut garder la tête penchée en raison de sa stature. Ses mâchoires se crispèrent un instant puis il lâcha d’une voix rauque.

– Une triste affaire, enfant-déesse. Cette nuit, un des Hortours a encore disparu.

– Le sixième en moins d’un mois ! coupa Lahorte à ses côtés.

– Oui, le sixième. C’est une situation d’une extrême gravité. À ce rythme, le clan s’évanouira bientôt sans que l’on sache ce qui est arrivé et qui nous attaque.

– Une attaque ? Hoqueta Lahiline. C’est impossible ! D’où viendrait-elle ? Nous sommes au sommet d’une tour, n’est-ce pas ? Vous m’en avez longuement parlé et j’ai même regardé au travers des remparts qui cernent le toit. Sa hauteur est vertigineuse.

– C’est le cas, en effet, commenta Silun. Une tour de cinq kilomètres qui se divise en deux mille étages sur une surface au sol de cinquante kilomètres carrés.

– Et au sommet, nous disposons de dix kilomètres carrés. Je sais tout cela, Silun. Revenons plutôt à cette disparition. As-tu cherché dans le clan ? Peut-être se repose-t-il dans les anciennes cuves du zoo et il aura oublié l’heure.

– Nous avons exploré tous les lieux accessibles. À notre grand regret, nous ne pouvons fouiller tous les éboulis. Certains endroits sont dangereux. Des blocs de béton s’y détachent à l’improviste. Aucun homme sensé n’irait flâner là-bas, pas plus que dans les conduits d’aération qui épousent l’ossature de la Tour. Là aussi, le ciment s’effrite et la chute d’un bloc menace celui qui s’y engagerait.

– Qui sait ? Peut-être a-t-il voulu visiter la Tour. Elle est aussi vaste qu’une montagne. On pourrait s’y promener des jours entiers sans rencontrer une âme qui vive. Qui plus est, la tentation de l’aventure pourrait vaincre l’éventualité de finir sous un pan de mur.

La voix sèche de la gouvernante explosa, véhémente.

– La Garde Noire ! La police du Dictor ! Il nous recherche depuis si longtemps. Peut-être que ses sbires s’introduisent-ils ici la nuit et nous abattent-ils l’un après l’autre en se tapissant dans les ténèbres.

La mine de Silun se renfrogna à l’écoute de ces mots haïs : « La Garde Noire », le « Dictor ». Il grogna.

– Cela m’étonnerait ! Suivez-moi donc, je vais vous montrer l’état réel des lieux !

Elles emboîtèrent les pas de Silun jusqu’à un petit bâtiment de pierres gardé par deux hommes.

– Nous sommes ici en plein centre du toit, et ce bâtiment nous permet d’accéder au plafond intérieur.

Les deux sentinelles lui ouvrirent la porte. En file indienne, ils descendirent une volée de marches puis s’avancèrent sur un plancher poussiéreux. Des arcs s’en élevaient à intervalle régulier et soutenaient le plafond. Silun expliqua.

– Le plancher fait partie de la structure même de la Tour. Le matériau qui le compose est pour ainsi dire indestructible. En fait, c’est lui, le toit véritable de la Tour. Il se trouve que les habitants ont voulu se créer un lieu de vacances sous le soleil naturel et non à la lumière électrique. Ils ont donc construit un niveau supérieur imperméable. Ils y ont répandu de la terre, édifié des jardins, un zoo et d’autres choses encore. Sur dix kilomètres carrés, ils avaient la place nécessaire pour recréer un paradis de verdure.

Ils parvinrent à une trappe que le chef des Hortours souleva. Un court escalier les mena à un étage inférieur deux mètres plus bas. Ici, plus d’arches entre le plancher et le plafond, mais des tuyaux en grand nombre ; certains, à demi arrachés, pendaient lamentablement.

– Nous sommes maintenant sur le faux plafond de la Tour. Soyez vigilantes et ne marchez que sur la traverse principale.

La gouvernante ironisa.

– Elle mesure cinq mètres de large, cette poutre métallique, nous ne risquons pas de trébucher à côté.

– On ne sait jamais. Si vous vous approchez du bord, il suffit d’un moment d’inattention et vous crapahutez sur la plaque du faux plafond.

– Et dans ce cas, il se casserait et l’on tomberait.

– En temps normal, non ! Je veux dire qu’à l’origine, on aurait pu y gambader sans crainte. Malheureusement, depuis deux cents ans, nul ne s’est soucié de l’entretenir. Le toit est indestructible. Pas le faux plafond !

Il s’arrêta au bord de la poutre, ouvrit une trappe, et révéla ainsi la trouée béante d’une lucarne.

Lahiline frissonna.

– Je n’aime pas cet endroit. J’y suis déjà venue toute petite, le jour où l’on m’a fait découvrir l’ensemble du toit. Je ne me souviens plus des détails, mais quelque chose paraît différent aujourd’hui, je ne saurais dire quoi. Trop de poussière, peut-être, trop de tuyaux qui pendent, pas assez de clarté. Je ne vois pas l’intérêt de cette visite.

Silun grimaça un mince sourire.

– Patience, enfant-déesse ! Cela ne sera plus très long. Regarde donc par cette lucarne !

Une lumière pâle éclairait un amoncellement chaotique de béton et de poutrelles vingt mètres plus bas. Lahiline recula. Silun ricana devant la réaction de la jeune fille et reprit d’une voix forte.

– Les cinq derniers étages de la Tour se sont effondrés voici cinquante ans déjà. Tu le savais, bien entendu. Je voulais que tu les voies de tes propres yeux afin que tu comprennes qu’il est impossible à quiconque, même aux gardes noirs, de parvenir jusqu’ici. Il faudrait en premier lieu qu’ils se dégagent un passage dans les décombres de cinq niveaux empilés les uns sur les autres, puis qu’ils s’élèvent de vingt mètres jusqu’à ce plancher. Cela nécessite du matériel lourd, des engins de déblaiements et qu’on entreprenne des forages. Tout cela fait du bruit. Nous l’aurions remarqué.

Certain de ce qu’il avançait, Silun parlait d’une voix ferme et haute qui se répercutait sur les parois. Elle rebondit de place en place entre le plafond et le faux plafond sur une très longue distance. Les échos atténués de cette voix frappèrent des oreilles pointues qui, aussitôt, se tendirent. Une tête sombre se tourna dans la direction de ces bruits puis une forme s’élança.

Près de la lucarne, Lahiline essuyait la poussière qui se collait sur son buste.

– La Tour est immense, Silun, dix kilomètres carrés. Les cinq étages sont-ils véritablement effondrés sur la totalité de la surface ?

– Non. Pas entièrement. Je te signale cependant que les rares secteurs encore debout sont d’un tel danger que nul ne s’y risque. En ces quelques emplacements, les plafonds, les murs, les conduits, tout menace de s’écrouler au moindre choc. Depuis qu’Élarac s’est emparé du pouvoir et a imposé sa dictature, les travaux d’entretien et de réfection se sont raréfiés. Et ce n’est pas Élarac, qui a pris le titre de Dictor de la Tour, qui s’en préoccupe. Les habitants ne s’en soucient guère plus. Ils ne sont plus que des marionnettes, des esclaves. Ils ne disposent d’aucune volonté propre, ni de la liberté d’agir à leur guise. Élarac a brisé leurs capacités de réflexion. C’est pourquoi nos parents ont fui autrefois sa dictature. Ils ne voulaient pas être réduits à l’état de légumes et se sont réfugiés sur le toit, là où on ne les chercherait pas, hors de la Tour, pour y fonder le clan des Hortours.

Lahiline hocha la tête.

– Je connais notre histoire, Silun. Si tu tiens vraiment à continuer cette conversation, allons au-dehors. Ces lieux me déplaisent. Il me semble qu’un danger y plane, comme une présence maléfique qui se rapprocherait. Je ne saurais définir ce qui m’angoisse, mais partons d’ici au plus vite !

– À tes ordres, enfant-déesse. À l’instar des plantes dont tu possèdes le secret, tu es faite pour le grand air et les espaces lumineux. Pas pour ces endroits à l’éternelle pénombre.

Tandis que le petit groupe se pressait vers la sortie, la jeune fille demanda.

– À propos, pourquoi la lumière continue-t-elle à fonctionner, quoique faiblement, dans la zone effondrée ?

– Je ne connais pas grand-chose à la technique. D’ailleurs, même les scientifiques de la Tour ont oublié la nature de ces lampes. Ces billes lumineuses qui parsèment les plafonds brillent ainsi depuis la construction de l’édifice. Peut-être finiront-elles par s’éteindre, peut-être pas, qui peut savoir ? Nos ancêtres possédaient une science si fabuleuse qu’elle demeure incomprise de la plupart des habitants actuels de la Tour.

Devant l’escalier menant à la trappe, Silun s’effaça respectueusement.

– Après toi, enfant-déesse !

Lahiline commença à grimper les degrés puis s’immobilisa soudainement.

– Qu’y a-t-il donc ? s’étonna sa gouvernante, une marche au-dessous d’elle.

– Un bruit. Il me semble avoir entendu comme un bruissement d’ailes.

Silun éclata de rire.

– Ha ha ha ! Ton imagination te joue des tours, enfant-déesse. Pour ma part, je n’ai rien entendu d’autre que le frottement de ta robe sur tes jambes. C’est le seul réel bruissement de cet endroit.

Un éclair de mécontentement traversa les prunelles de la jeune fille – elle répondit vivement.

– Partons d’ici, vite !

Elle s’engouffra dans la trappe et jaillit sur le véritable plafond de la Tour. D’une main rapide, elle hâta l’émergence de sa gouvernante. Silun les suivait de près. Son œil goguenard paraissait se moquer de l’inquiétude de Lahiline. Toutefois, malgré sa position de chef de clan, il ne pouvait qu’accéder au souhait de l’enfant-déesse et forcer l’allure ainsi qu’elle en avait exprimé l’ordre. Avant de verrouiller la trappe, il la laissa tomber sèchement derrière lui. Le fracas de sa chute résonna dans le plafond noyant le choc de serres aiguës dans le bois en dessous suivi de celui d’un bec acéré et d’un vaste corps ailé.

L’oiseau se dégagea, émit des petits cris de désappointements rageurs à l’adresse de ses trois compagnons qui tournaient à proximité. Des oiseaux, ils en avaient le dessin général. Singulièrement, aucune plume ne couvrait le cuir élastique qui s’étirait sur tout leur flanc, partant du bout de ce qui au premier temps de l’évolution conduisit à l’esquisse de bras jusqu’à ce qui pourrait se concevoir comme les prémices de genoux. Des griffes jaillissaient de la pointe des ailes. Aussi long qu’un homme, chacun d’eux aurait pu soulever un chevreuil sans difficulté.

Leurs cris de déception coururent à la surface du faux plafond : « Chachiua ! Chachiua ! » Un cri qui leur avait valu leur nom. Les habitants de la Tour les appelaient ainsi, des chachiuas, c’étaient des vampires, des chauves-souris géantes. Ils adoraient les lieux sombres, les grottes, les cavités reculées loin du bruit, mais surtout le sang frais et vif dont ils se nourrissaient et qu’ils prélevaient sur leurs victimes, animales ou bien… humaines !

Les trois Hortours ne distinguaient rien de leurs cris chuintants de virulence obscure. Les échos de la chute de la trappe les étouffaient complètement. Du reste, Lahiline pressait le pas, impatiente de s’éloigner. Par un mystérieux instinct, elle sentait confusément leur ronde au-dessous de ses pieds. Ce ne fut, qu’une fois revenue à l’air libre qu’elle retrouva sa joie de vivre.

– Est-ce tout ce que tu avais à me montrer Silun ? demanda-t-elle d’une voix redevenue joyeuse.

– Presque tout, enfant-déesse. Je voulais que tu comprennes que personne ne pouvait s’introduire dans notre clan sans se faire repérer. C’était important que tu en sois convaincue. Maintenant, suis-moi près des éboulis.

Peu après, ils avançaient dans un secteur éloigné du centre de la Tour, un endroit que Lahiline n’avait pas encore boisé.

– Les anciennes couveuses ! s’exclama la gouvernante. Autrefois, on y plaçait en incubation les œufs des oiseaux destinés à la volière du zoo. Il a été détruit lors du combat avec les gardes noirs, il y a plus de soixante ans de cela.

– Oui. C’est pourtant là, dans ces ruines, que nous avons trouvé ceci.

Il sortit une espadrille d’une poche accrochée à sa ceinture.

– Elle appartenait à l’homme que nous recherchons. De lui, il ne subsiste aucune trace, rien ! Envolé, le bonhomme ! Comme s’il s’était volatilisé dans les airs. Seule sa chaussure trônait sur ces pierres.

– Avez-vous fouillé les couveuses ? Des murs et des habitacles ont résisté aux assauts de la Garde noire et aux mauvais traitements des lasers.

– Nous y avons jeté un coup d’œil, enfant-déesse. Les murs tiennent encore, certes, mais uniquement par miracle. Nous n’avons pu visiter toutes les cavités, car chacun de nos pas résonnait sur le sol et des débris commençaient à tomber des toits. Il m’a fallu ordonner demi-tour sous peine de mettre la vie de mes hommes en danger. En outre, la mousse à l’entrée n’était pas froissée, personne ne l’a foulée, personne n’est entré là-dedans. Pour finir, je te rappelle que six d’entre nous ont disparu en moins d’un mois. L’affaire est plus grave qu’une simple escapade ou le souhait de vivre quelque temps en solitaire. Il y a là-dessous un mystère qui me laisse perplexe. J’en appelle donc à ta sagesse, enfant-déesse. Toi qui sais parler aux plantes et les faire pousser à même le roc, peut-être auras-tu une réponse à ces disparitions.

La jeune fille réfléchit un moment. La brise légère jouait dans ses cheveux longs, le soleil brillait sur son visage et sur le paysage. Par une si belle journée, un mystère pouvait-il se perpétuer ? Pouvait-il assombrir le regard lumineux d’une enfant-déesse ?

Lahiline tourna vers le chef des Hortours une expression inquiète.

– Je dois examiner cela plus avant. J’ignore autant que toi ce que ces hommes sont devenus. Il se passe quelque chose d’anormal dans ce secteur. Je n’aime pas ces bâtiments en ruines, non plus que les terrains qui les environnent. À la prochaine cérémonie de Pousse, je viendrai ici. À la place de ces amas de blocs, j’y édifierai un verger. Lahorte, ma chère gouvernante, tu choisiras des noyaux d’arbres qui en poussant libèrent des racines longues et solides. Je veux briser ces anciennes couveuses, en broyer la pierre et les emprisonner dans un filet de racines. Alors, je pense que le sentiment de malaise qui m’envahit en cet instant disparaîtra.

– Il en sera fait comme tu le désires, enfant-déesse. Dès demain, je te préparerai une belle quantité de ces noyaux pour la prochaine cérémonie.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Bonsoir Patrick, ton imagination est toujours aussi fertile, c’est bien agréable.
    Merci pour ce cadeau, passe un bon dimanche, amitiés.

    1. Merci Triskel.
      C’est toujours un plaisir de partager ce que l’on écrit avec d’autres personnes.
      (Patrick Huet)

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