Séquana – extrait à lire

Séquana la légende de la Seine.

Mise en garde. Cette histoire n’est pas destinée aux enfants. Certaines scènes pouvant heurter leur sensibilité. De surcroît, le niveau d’écriture et de vocabulaire ne convient pas à leur tranche d’âge.

Cette histoire est inspirée d’une légende réelle, celle de Séquana.

Présentation.

Cette page vous propose un long passage de ce livre. Une histoire magnifique du temps des premiers Celtes, quand une divinité (Sequana) protégeait les sources de la Seine.

Des siècles durant, il se racontait que la source de la Seine était protégée par un personnage surnaturel appelé Séquana. Certains parlaient d’une nymphe, d’autres d’une déesse.

Mais qu’en est-il de la véritable Séquana, celle qui, disait-on, possédait aussi le pouvoir de guérir ?

Début de la lecture.

(Ce long passage du livre « Séquana la légende de la Seine » est publié ici avec l’autorisation de l’auteur.)

— Vatrix, étais-tu à la source cette nuit ?

— Tu as beau être le chef de ce village, Ecodix, il me faut te rappeler que la direction de mes pas ne concerne que moi.

L’homme rougit de fureur rentrée.

— Cela me concerne aussi. Nul n’a l’autorisation de se rendre à la source de la Séquane.

— Ecodix, tu déclenches une tempête pour des riens.

— Des riens ? ! Alors que plusieurs, ici, te soupçonnent d’aller régulièrement à la source ; chose que nos lois nous interdisent !

— Ta loi, Ecodix.

— Non. Tu l’ignores, mais voici mille ans de cela, tous les chefs des peuples celtes se sont réunis. Ensemble, ils ont défendu aux femmes de l’eau, les sirènes, d’entrer en contact avec les humains. Ils ont eu grand peine à s’en débarrasser, par la force ou par la ruse. La sirène de la Séquane a disparu, comme les autres. Depuis mille ans, elle n’existe plus. Ses os blanchissent quelque part au fond d’une mare depuis une éternité.

Vatrix fit mine de bailler d’ennui.

— Dans ce cas, pourquoi engager une telle conversation ? Pourquoi se quereller au sujet de ce qui n’existe plus ?

Ecodix saisit le barde par le coude.

— Il est interdit de prononcer le nom de sirène et même d’y penser. Je le fais aujourd’hui pour te prévenir expressément. Les hommes doivent oublier que vivait autrefois, ce genre de personnages. Seuls l’homme et la force vibrante de son glaive doivent compter sur la terre. Nous avons éliminé les autres rivaux. Et nous n’allons pas tolérer qu’un rêveur, un poète, fasse resurgir la mémoire du passé. Si tu persistes à te rendre là-bas, je serais obligé d’appliquer la loi votée par les chefs de clans voici mille ans. La mort pour tous ceux qui fréquenteront les sources proscrites !

Vatrix plongea son regard dans ceux d’Ecodix. Une sourde irritation s’allumait dans sa poitrine. Une femme d’un certain âge courut soudain vers eux, la mine inquiète.

— Ecodix, Vatrix, quel que soit votre désaccord, je vous invite à plus de retenue. Tout le monde a les yeux rivés sur vous.

— Qu’as-tu entendu ?

— Rien, Ecodix, vous étiez trop éloignés. Il nous suffit de vous voir gesticuler pour deviner une violente colère dans votre dispute.

— Ceci est notre affaire, passe ton chemin, j’ai encore à discuter !

— Il y a plus grave, Ecodix. L’homme chargé de l’entretien des feux les a laissés s’éteindre. Nous avons besoin de Vatrix et de son talent pour créer une nouvelle flambée et nous permettre de cuisiner et de nous chauffer les nuits prochaines.

Avant de céder à l’urgence et de voir Vatrix s’en aller, Ecodix lui souffla :

— Écoute-moi, barde ! Ton talent d’allumeur de feu ne pourra pas te protéger, égare-toi encore une fois à la source et je veillerai personnellement à ce tu sois châtié. Aussi, ne recommence plus et oublie-la !

Dans la hutte centrale, quatre personnes tentaient vainement de rallumer un brasero. La femme aux nattes rousses méchées de blanc expliqua.

— Vélix s’est endormi et l’âtre s’est éteint. Les bûches sont trop humides. Nous avons frappé constamment silex contre silex. Il n’en demeure pas moins que les étincelles sont trop faibles. Nous ne pouvons rien allumer. Le village n’a plus de feu et sans lui, nous retournons à la vie sauvage.

— Le foyer est indispensable à notre survie. Il faudrait que ceux chargés de l’entretenir soient d’une extrême vigilance pour l’alimenter en bois.

— Heureusement pour nous, ton talent de poète sait nous créer du feu à partir de rien. Tiens, Vatrix, nous t’avons apporté un siège. Souhaites-tu autre chose pour l’exercice de ton art ?

Vatrix la remercia. Il s’assit face au brasero, sortit un stylet de fusain, un parchemin et, après s’être concentré un moment sur le monceau de bûches, se pencha pour écrire.

« Sur l’écorce du bois, une flamme s’étend,

Tendre épouse du jour, de la bûche, s’éprend »

Comme il dessinait ces runes, une flamme apparut sur les bûches. Elle grandit à mesure que le poète développait ses vers pour devenir un brasier magnifique.

Les villageois présents lui serrèrent la main de reconnaissance.

— Merci à toi, Vatrix, notre barde. Tu nous apportes ce feu grâce auquel se construit notre avenir. De tous les Celtes, tu es le plus surprenant, car tu peux créer un incendie à partir de quelques mots tracés sur tes parchemins.

— Je ne serai pas toujours là pour ranimer le brasero. Prenez soin de vous relayer pour l’entretenir.

De retour à sa hutte, Vatrix mit de l’ordre dans ses feuillets et en rangea un paquet dans une besace. Un enfant passant devant sa porte lui demanda :

— Que fais-tu, Vatrix ? Encore du feu ?

— Non, je m’apprête pour un voyage.

— Où cela ?

— Dans la forêt, voire au-delà si je ne trouve pas ce que je recherche. Vois-tu cette serpe ?

L’enfant hocha la tête.

— Elle va me servir pour couper des fleurs de Sarlège. Ce sont des fleurs magnifiques aux pétales mauves piquetés de rose. J’en ai besoin pour la cérémonie de printemps. Malheureusement, on ne les cueille qu’aux confins de la Langrévie.

— La Langrévie, c’est notre pays, n’est-ce pas ?

— Oui, celui de notre tribu et d’une cinquantaine d’autres. Une partie considérable de notre région est recouverte de forêts. Au-delà de la Langrévie, nous avons d’autres pays, et d’autres villages celtes. Les plus importants sont dirigés à la fois par un chef et par un druide. Le nôtre étant trop petit pour avoir un druide, c’est à moi que revient la charge de préparer les fêtes puisque je ne suis ni chasseur ni cultivateur, et ni artisan.

— Mais, tu es un barde, s’écria l’enfant avec enthousiasme, et tu crées du feu rien qu’en écrivant sur des parchemins !

Vatrix lui sourit, l’embrassa sur la joue. Il fit ses adieux et s’engagea dans la forêt. Lorsqu’il traversa à gué la Sèquane qui lui arrivait à mi-cuisse, les paroles d’Ecodix résonnèrent en ses pensées. Ainsi donc, une sirène avait existé ici, mille ans auparavant. Ainsi donc, une poignée de chefs arrogants et vaniteux avaient décidé d’effacer de la mémoire des hommes leur souvenir. Il ignorait encore l’usage qu’il ferait de ces informations. Ce dont il qui était certain, en revanche — et sa mâchoire se crispa – c’est qu’en aucune façon, il ne chasserait de son coeur l’image de cette belle demoiselle. Ce n’était qu’un fragment de perception qui flottait aujourd’hui dans les eaux de la source, pourtant ce vestige, cette apparence de visage, lui était plus précieux que l’assentiment de ses compagnons. Jamais il ne s’en séparerait. Même éloigné de la source, même empêché de s’y rendre à nouveau, il garderait toujours la beauté de cette illusion dans le secret de son âme.

* * *

Vatrix était à peine sorti pour continuer son voyage sur la rive opposée que, dans la grotte blanche dissimulée à la source, la jeune beauté aux longs cheveux bruns se pencha sur le bassin.

— Séquana, pépia l’oiseau bleu, te voilà bien vive en tes gestes.

— Il a touché mes eaux. Il vient de les traverser à une demi-journée de marche.

— Il ? Ne me dis pas qu’il s’agit de…

— Si, l’oiseau. C’est lui. J’ai senti son pas dès qu’il est entré, tout comme je le sens chaque fois qu’il touche mes ondes… Aujourd’hui, son visage était fermé. On aurait dit que quelque chose le tourmentait.

— Comment … ? Ah, oui ! J’oubliais que tu es une sirène. Tu peux savoir tout ce qui se passe en ton domaine.

— Oui, Fétille. Je peux voir, je peux entendre, je peux sentir. Je commande cette rivière jusqu’au lieu où elle se jette dans la mer. Je peux à volonté étendre ma vue d’ici à l’embouchure pour discerner le moindre frôlement dans le cours de mes eaux. Cette rivière, c’est mon miroir. Si je le veux, je peux aussi étendre mon ouïe et entendre le lapement des lapins ou des biches venant s’y abreuver. Jusqu’à la mer… Oui, tout cela je le peux, car je suis une sirène, et cette rivière est la mienne.

L’oiseau pépia de nouveau.

— Alors pourquoi puis-je déceler comme un sanglot dans ta voix ?

— Parce qu’il ne vient pas souvent au bord de mes flots.

— Il y vient tous les jours.

— Une seule fois dans la journée. Et les heures sont si longues.

— Il lui arrive également de se promener à la lisière des massifs épineux près de la source.

— C’est vrai, et il s’approche ainsi de moi. Par moment, j’ai presque le sentiment qu’il m’aperçoit derrière cette image de falaise que j’ai créée pour me cacher.

— Ce n’est qu’une impression. Aucun regard humain ne saurait percer l’écran que tu as installé.

Elle caressa d’une main fine un vase d’émeraude empli de parchemins en feuilles d’écorce.

— Tous ses poèmes qu’il offre au courant, je les ai près de moi. Quand ils tombent dans l’eau, c’est comme un baiser qui se pose sur ma joue.

L’oiseau bleu hocha le bec et pépia tristement.

— Séquana, la loi des hommes, l’as-tu oubliée ? As-tu oublié comment ils ont chassé et capturé tes semblables ? As-tu oublié comment, voici mille ans, tu n’as dû ton salut qu’en te réfugiant sous cette roche blanche ? Le peuple des humains n’a plus souvenir de toi. Si tu parles à ce barde, la guerre reprendra, car leurs chefs ont la rancune tenace.

— Dans cette grotte, ils sont impuissants contre moi. Je commande à la rivière. D’un seul murmure, je rassemble les ondes en des vagues si terribles qu’elles balayeraient les plus grandes armées du monde.

— Et ils le savent. C’est pourquoi depuis mille ans, ils n’ont plus essayé de t’attaquer. Ils ont simplement interdit l’accès de la source aux habitants. C’est la raison pour laquelle ces lieux sont désertés depuis.

— Sauf pour lui. Il doit être bien brave pour venir malgré tout.

Elle posa ses lèvres sur un parchemin et le maintint contre sa poitrine. L’oiseau bleu voleta sur le rebord du vase d’émeraude.

— Je sais à quoi tu penses, Séquana. Garde-toi cependant de jamais quitter la source, et surtout la rivière. C’est ainsi qu’ils ont pu anéantir les autres sirènes. Ici, tu es invulnérable. Mais dès que tu sors de l’eau, tu perds tes pouvoirs. On peut te capturer, te blesser et même… te tuer.

Elle prit l’oiseau dans une de ses mains et le positionna sur son épaule.

— Ne crains rien, Fétille, je ne sortirai jamais de la rivière.

* * *

Au deuxième jour de son voyage, Vatrix s’était éveillé à la pointe de l’aube. Il n’avait toujours pas trouvé les fleurs de sarlège et avait du mal à se concentrer sur sa recherche.

Les paroles d’Ecodix le troublaient constamment telle une farandole irritante. Il s’interrogeait encore sur la décision à prendre. Il était hors de question pour lui de se soumettre, alors que faire ? S’opposer directement au chef ou changer de tribu ? Et pour laquelle, puisque les autres dirigeants avaient rallié la même cause ? Pour la première fois de sa vie, il caressait la possibilité d’aller vivre dans la forêt, à l’écart des hommes, pour revenir ensuite s’installer près de la source ; ce qui n’était pas forcément une bonne idée. Il risquait fort d’y rencontrer Ecodix. Il était brutal mais pas idiot. Si le barde quittait ouvertement le village, il se douterait bien que ce serait avec l’intention de rejoindre la source à un moment ou un autre, et il y placerait des sentinelles en prévision.

Vatrix n’avait jamais vraiment apprécié Ecodix. C’était un guerrier intelligent, absolument sans scrupules, un être cruel n’hésitant pas à tuer celui qui défiait les lois, par lui, établies. Avec son groupe de chasseurs, il protégeait le village d’une éventuelle attaque extérieure. Or les Celtes vivaient pacifiquement depuis une génération — Ecodix avait tendance à l’oublier. Il appliquait la loi des temps de guerre avec une sévérité qui ne convenait plus en ce temps de paix.

Plongé dans ses réflexions, il accordait peu d’attention au chemin. Un lacet dissimulé sous des feuilles de hêtre se noua soudain autour de sa cheville tandis qu’une corde le soulevait de terre : un piège élémentaire. Il se retrouva suspendu par une jambe, la tête en bas.

Deux individus sortirent des buissons. L’un d’eux lui posa une lame contre la gorge. Le manche de chêne était incrusté d’un rubis en forme d’étoile qui luisait comme une tache sang.

— Tes biens et tes richesses, ordonna le brigand, sinon adieu la vie !

Vatrix se tordit subitement, attrapa le poignet de l’homme et le projeta sur son complice. Surpris et déséquilibrés, ils chutèrent dans un tourbillon d’exclamations sourdes. Ils se remirent vite sur pied, mais le barde avait empoigné la corde autour de sa jambe et l’avait utilisée pour se hisser jusqu’à la branche qui le supportait.

— Ah, tu joues les malins ! Eh bien ! on va s’amuser. Nous aussi nous savons grimper. Et tu vas cracher tout ce que tu possèdes.

Ils n’avaient pas encore touché le tronc que Vatrix tenait déjà un stylet et un parchemin, hâtivement pris de sa besace. Les deux brigands n’avaient dû jamais entendre parler de ses dons, car ils ne s’inquiétèrent pas de le voir écrire tranquillement malgré leur assaut. Ce ne fut que lorsqu’une flambée ocre jaillit des vêtements du premier grimpeur et le fit tomber, qu’ils se doutèrent du pouvoir de l’homme qu’ils tentaient de dévaliser. Bien loin de la proie idéale qu’ils s’étaient figurée ! Le second brigand aida son acolyte à éteindre les flammes qui brûlaient avec tant de voracité, puis le tirant par les aisselles, s’enfuit à travers bois.

Vatrix ne put s’empêcher de s’esclaffer en les voyant déguerpir. Il se débarrassa de la corde et reprit sa marche en guettant néanmoins les environs.

Le soir venu, il n’eut pas de souci pour allumer un feu et se réchauffer. Il s’était restauré de pain et de fromages soigneusement enveloppés et s’était endormi depuis un moment, quand des hurlements déchirèrent la torpeur des ténèbres. Des cris lointains, horriblement persistants à l’oreille longtemps après s’être évanouis.

Ne pouvant se rendormir, et le coeur glacé par ces cris, il préféra en découvrir la provenance plutôt que de se morfondre à leur propos. Dans la nuit claire, il s’avança prudemment, attentif à chaque bruit, une main sur son stylet, une autre sur un parchemin, prêt à y faire jaillir des flammes en cas de nécessité.

Soudain, ses pieds s’emmêlèrent dans des tissus. Quelques mots sur le feuillet, et il enflamma l’extrémité d’un morceau de branche cassée. À la lumière de cette torche improvisée, il distingua des lambeaux de vêtements disséminés dans une clairière. Un examen plus minutieux du sol lui montra une foule d’empreintes dont les griffes avaient percé la terre. Des taches en avaient imbibé l’humus.

— Jamais vu de traces pareilles à celles-ci ! Rien de similaire avec celles des loups et des ours. Des fauves, peut-être ? Il en rôdait autrefois, il y a de cela une quarantaine de printemps. Un ou deux tout au plus, jamais aussi nombreux.

En inspectant plus avant, un détail le surprit.

— Ils se déplacent sur deux pieds, ou du moins ce qui leur en sert. Ce ne sont pas des fauves.

Un éclair rouge frappa son regard. Un rubis en forme d’étoile incrusté dans le manche d’un poignard !

— Je connais maintenant les victimes de ce carnage. C’étaient des voleurs, bien sûr, pourtant ils ne méritaient pas une telle fin.

Son doigt mesura la profondeur des griffes.

— Mais je ne connais pas l’identité des bourreaux… Mieux vaut ne pas s’éterniser ici.

Il soupesa l’idée de retourner en son village pour la rejeter aussitôt. Un autre clan plus petit, Bramix, se trouvait à trois heures de marche.

— Je dois d’abord les informer de la présence de ces « fauves ».

Les premières clartés du matin le virent sortir de la forêt et longer les champs cultivés par la tribu qui vivait là. Le blé en herbe lui léchait les genoux. Bramix se nichait derrière une haie d’arbustes à une volée de pas de la Séquane qui formait une boucle à cet endroit. Il allait rencontrer de vieux amis, terminer sa cueillette de sarlèges et rentrer de suite.

Il se préparait déjà à lancer un bonjour chaleureux quand, l’enclos franchi, une vision d’horreur lui glaça les gestes. Les huttes n’étaient que ruines, portes arrachées et toits éventrés. Des foyers renversés fumaient encore. Le terrain, abondamment rougi, témoignait de la cruauté de l’attaque. Plus un seul humain en vie. À petits pas, il fit le tour du village. Partout le même spectacle écoeurant. Les mêmes empreintes qui griffaient le sol. Il en dénombra une vingtaine différente, plus une dernière trois fois plus large et plus profonde que les autres. Il mit un genou à terre pour mieux l’étudier : une monstruosité !

Une ombre dépassa soudain la sienne.

D’instinct, il fit volte-face. Un petit être mi-homme mi-lézard bondissait sur lui, griffes et crocs en avant. Il ne lui arrivait qu’à la taille, mais sa férocité faisait gronder sa gorge et ses muscles. Vatrix happa un des poignets meurtriers d’une main, et les mâchoires claquantes de l’autre. La deuxième paire de griffes lui entailla le pectoral. La douleur déchirante décupla ses forces. D’un coup violent, il fit culbuter son assaillant qui rugit et bondit à nouveau. Il referma ses doigts sur un galet et frappa, une fois, deux fois. Il ne fallut pas moins de quatre coups pour que le jeune monstre s’écroulât, inanimé.

— Sa tête est plus dure qu’un bouclier… il faut que je m’en aille vite.

Il était trop tard pour ceux de Bramix. Maintenant, il devait d’urgence prévenir les siens avant que la meute ne surgisse et ne les taille en pièces.

— Je vais passer par la Séquane pour effacer mes empreintes et mon odeur. Pour le cas où ils seraient intelligents et qu’ils sauraient se guider à l’odorat.

Sans bruit, il se dirigea vers les canots. Par chance, ils n’avaient pas été abîmés. Il en détacha un qu’il s’apprêtait à pousser dans la rivière à l’aide d’une rame. Une main griffue s’abattit sur son cou. Son assaillant était debout et ses crocs fulguraient vers sa gorge. D’un mouvement désespéré du poignet, Vatrix assena violemment le manche de la rame sur le front du lézard. La créature s’écroula sur le sable.

* * *

Au même instant, Séquana se tordit les mains d’angoisse.

— Il est blessé, Fétille, il saigne !

* * *

Vatrix ne comprit pas comment il était parvenu à se hisser dans le canot. Il avait eu l’étrange sensation que l’eau l’avait soulevé en même temps qu’il essayait de s’y porter. Et maintenant, bien qu’il se sentait affaibli par sa blessure, chacun de ses coups de rame faisait avancer l’embarcation à une vitesse qu’il n’avait jamais atteinte.

Il oublia cette anomalie pour ne songer qu’à une chose, ramer, le plus vite possible, et avertir les siens de la présence de ces maudits lézards.

* * *

Dans la grotte blanche, le visage de Séquana s’était figé de peur au-dessus du bassin.

— Il a été attaqué par un saurienk, Fétille.

— Un saurienk ?

— Il est en sécurité maintenant. Je l’ai poussé dans le canot, et j’ai créé un courant qui l’emmène loin de cet endroit. Il pourra rentrer chez lui sans même se douter de mon aide.

L’oiseau négligea ces derniers mots pour reprendre.

— Un saurienk, Séquana, c’est impossible.

— Leur espèce est éteinte depuis cent milles de nos années, je le sais. Toutefois, l’un d’eux vient de l’assaillir par-derrière.

— Si un saurienk l’avait attaqué, et par-derrière de surcroît, il serait déjà mort.

— C’est un jeune saurienk qui n’a pas plus de deux jours à en juger par sa taille.

— Si tu dis vrai, il ne restera pas petit très longtemps. Leur croissance est phénoménale. Au crépuscule, il aura la stature d’un adolescent.

— En effet. Et demain, il sera plus haut qu’un homme, et d’une force qu’un humain ne pourra jamais contenir à lui seul.

Séquana tourna vers l’oiseau un visage tourmenté.

— J’ai peur, Fétille. La domination des Saurienks dans les temps anciens a signifié une période de sauvagerie abominable. S’ils doivent revenir aujourd’hui, qui sait ce qui pourrait se produire ?

— Un saurienk adulte possède une force considérable, certes. Sa résistance est incroyable, mais une troupe de soldats aguerris en viendrait à bout.

— Il n’empêche, Fétille, que la peur me ronge.

— Pourquoi donc ? Tes pouvoirs sont immenses, aucun saurienk ne serait capable de franchir la rivière. Ils ne peuvent rien contre toi.

— Ce n’est pas pour moi que j’ai peur.

— Aurais-tu peur pour les humains ? Pour ceux qui t’ont pourchassée, qui ont voulu te réduire en esclavage ? Pour ces chefs de clans ridicules et presque aussi cruels qu’un saurienk ?

Une larme coula sur la joue de Séquana.

— Peur… pour lui, Fétille. (…….)

© Patrick Huet

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